RÉSULTATS DU CONGRÈS DE VIENNE
faisant de la Prusse un centre d^attraction protestante, passa alors à peu près inaperçu. Metternich se croyait bien habile en éparpillant la puissance autrichienne sur une foule de pays qu'il devait être impossible d'assimiler à l'Autriche, pendant que Hardenberg se plaignait de voir enlever à la Prusse la plus grande partie de ses possessions polonaises, qui n'auraient pu être pour elle qu'une source d'embarras. Ni l'exemple de la Révolution française, ni le souvenir si récent du soulèvement de l'Allemagne en 1813, n'avaient ouvert les yeux des hommes d'État sur l'erreur de cette vieille politique dont le suprême effort consistait à ajouter des territoires aux territoires, sans souci des aspirations et des convenances nationales.
Mais si la Prusse devait un jour profiter amplement de la situation qui lui était faite par le congrès, elle ne le prévoyait guère à ce moment. D'un autre côté, les patriotes allemands voyaient avec inquiétude qu'on se séparait, après tant de promesses, sans fixer aucune garantie contre le pouvoir absolu des princes, sans établir de tribunal fédéral pour protéger les sujets contre l'arbitraire des gouvernements, sans rien déterminer sur la question si grave des constitutions intérieures. La liberté de la presse, la liberté individuelle, les rapports commerciaux des États confédérés, la diminution des armées, la constitution de l'Église, tout cela était remis ou à la discrétion des souverains ou à décision de la diète. Or, sur tous ces points, la diète ne pouvait rien résoudre, car on avait pris le soin par avance de frapperde stérilité toutes ses délibérations, en exigeant sur les questions graves runanimité des votes.
270 FRÉDÉRIC-GUILLAUME lll.
Quant aux souverains, on vit bientôt que, s'ils avaient fait de belles promesses au moment du danger, ils avaient depuis réfléchi que, le danger étant passé, les peuples devaient se trouver assez heureux d'avoir conservé leurs bons rois et qu'il n'y avait pas lieu de tenter des expériences qui pouvaient compromettre leur tranquillité. Cependant le peuple prussien persista assez longtemps à croire que Frédéric-Guillaume tiendrait sa parole. En effet, le plénipotentiaire dePrusse avait vivement insisté, au congrès de Vienne, pour qu'on établît dans tous les États un gouvernement représentatif; on se rappelait les déclarations que Stein et Hardenberg avaient faites à cet égard au nom du roi, depuis 1806. Un nouveau décret du 22 mai 1815 avait confirmé les promesses antérieures. «Une représentation du peuple, disait le roi, doit être organisée. A cette fin, les États provinciaux seront réunis, et dans le sein de ces États provinciaux devront être élus les représentants du pays, qui siégeront à Berlin. La sphère d'action de la représentation nationale s'étendra à tout ce qui regarde la législation, y compris les impôts. Une commission, composée de fonctionnaires éclairés et d'habitants des provinces, doit être, sans perdre de temps, convoquée à Berlin. Cette commission s'occupera :
« 1° De l'organisation des États provinciaux ;
» 2° De l'organisation de la représentation nationale;
» 3° De la rédaction d'une constitution d'après les bases ci-dessus.
» Elle se rassemblera le 1" septembre. »
Il était difficile de prendre un engagement plus formel, et l'on pouvait croire que Frédéric-Guillaume,