RÉCLAMATIONS DES ÉTATS
porter à notre législation française, si chère aux habitants de celte province^ sont le résultat d'intrigues déplorables^ peu propres à augmenter le patriotisme des habitants des bords du Rhin. On ne doit pas considérer comme les vrais amis du gouvernement ceux qui louent jusqu'à ses erreurs^ mais bien plutôt ceux qui ont le courage de lui faire voir ses fautes et ses dangers.
» Nous crovons donc de notre devoir de remontrer humblement à Sa Majesté :
)) Que les violations des droits provinciaux qui ont eu lieu jusqu'à ce jour ont été vivement ressenties et ont causé de profonds regrets ; que par là on dégrade le rôle de la représentation provinciale au-desious d'une simple formalité, de sorte que l'intérêt de cette institution s'efface déplus enplus; que, en outre^ l'intention formellement annoncée d'abolir la législation existant dans notre province et de la remplacer par le droit prussien à peine modifié a produit la plus grande consternation; que, en conséquence, les États prient humblement Sa Majesté :
» 1® D'exécuter pleinement, d'après son esprit et ses termes, la loi du 5 juin 1823 ;
D2'' D'abandonner entièrement le projet de supprimer la législation existante, qui est tout à fait conforme au caractère et aux mœurs des habitants de cette province ; de retirer et annuler au plus tôt toutes les mesures tendant à une telle suppression, môme celles qui ont déjà été mises à exécution. »
Voilà à quoi aboutissaient les précautions prises pour fermer la porte à toute opposition constitutionnelle. L'opposition n'en était que plus générale et plus irri-
tée, et le gouvernement prussien manquait au rôle qui semblait lui être naturellement indiqué par sa situation à f égard de rAutriche, qui est de se poser en face de cette vieille monarchie en représentant de Tesprit moderne et du progrès libéral. Si la Prusse avait compris ainsi sa mission^ elle serait devenue depuis longtemps pour toute TAllemagne un centre d'attraction irrésistible. Les souvenirs de 1813, demeurés vivants, lui rendaient la tâche facile. Le- parti unitaire, inspiré par ridée de la grande patrie allemande, était pour elle un auxiliaire tout trouvé, qui eût mis toute sa puis-^ sance de propagande au service de la Prusse libérale, et rinfluencé de rAutriche eût été depuis longtemps annulée. En se faisant le serviteur de la réaction, Frédéric-Guillaume a manqué une occasion unique dans l'histoire, et le résultat de sa sottise a été de susciter à rintérieur des difficultés de toutes sortes et des oppositions contre lesquelles les rigueurs étaient impuissantes, et, à Textérieur, de soulever parmi les peuples allemands des défiances et des répulsions qui ont permis à TAutriche de maintenir, pendant un demi-siècle, dans les affaires de la confédération germanique une sorte de prépondérance, qui ne se fondait sur aucun titre sérieux.
Mais Frédéric-Guillaume ne comprenait rien de tout cela. Pourvu que la puissance royale restât absolue entre ses mains, il n'e voyait rien au delà, et il croyait
volontiers que son alliance intime avec la Russie lui permettrait de triompher de toutes les difficultés. Il croyait effrayer Topposition en faisant exécuter de grandes manœuvres à ses troupes de concert avec les
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armées russes, et en passant de grandes revues avec le czar, mais cet étalage môme de sa force tournait à sa confusion. A Kalisch^ où les deux armées manœuvrèrent sous les yeux des deux souverains^ les troupes prussiennes, loin de fraterniser avec les Russes' comme on Tespérait, demeurèrent à leur égard dans une attitude de réserve qui ressemblait fort à de Thostilité.
Pour détourner les esprits des préoccupations politiques, le roi s'attacha alors plus que jamais aux idées de fusion religieuse qu'il caressait depuis longtemps. Dès le mois de septembre 1817, il avait publié un édit, par lequel il prétendait fonder une religion nouvelle, révangélisme. Il lui fallait, comme à l'Angleterre et à la Russie, une religion nationale, et il se flattait de ramener à l'unité toutes les sectes calvinistes et luthériennes qui divisaient le protestantisme. C'était Téclectisme appliqué à la religion. Il avait fait élever à Berlin un temple au nouveau culte évangélique, et il avait communié à la tête de la garnison de Potsdam. Le lendemain, la réunion des deux confessions avait été célébrée solennellement dans la capitale, en présence de la cour, de l'université et des députations de tous les corps de la garnison. Une commission avait été nommée pour rédiger une liturgie commune, et le roi lui-môme prit part à ses travaux. Depuis, il ne manqua jamais de reprendre ce projet avec une nouvelle ardeur, toutes
les fois qu'il vit se manifester quelque fermentation inquiétante dans les esprits. Il semblait qu^il le considérât comme une sorte de panacée contre toutes les maladies sociales. La vérité est que si cette manière d'agir put^ dans le principe^ être considérée comme une tactique pour détourner les préoccupations populaires vers un objet qui lui paraissait moins dangereux que la politique, il ne tarda pas à se laisser prendre lui-même à ce jeu. Il s'entêta et s'enivra si bien de ce rôle de réformateur religieux qu'il finit par en prendre lespassions violentes et persécutrices. Sous prétexte de travailler à Tunificalion de la Prusse, il jeta une sorte d'interdit sur ses sujets catholiques. M. Ancillon avait dit en 1818: « Ce n'est pas une triple ligne de forteresses qui nous préservera de la France, ce sera le rempart d'airain du protestantisme. » Cette parole pouvait être juste dans une certaine mesure. Il est également vrai que la Prusse, en se posant comme la grande puissance protestante de l'Allemagne, se donnait par là un point d'appui redoutable contre l'influence autrichienne. Mais la persécution n'était pas le meilleur moyen d'arriver à ce but. En écartant systématiquement de^ affaires et des hautes fonctions de l'État tous les catholiques, et en confiant exclusivement à des protestants l'administration militaire et civile des provinces catholiques, le roi ne pouvait que raviver en elles le regret de l'indépendance et la répulsion pour le joug que leur avait imposé le congrès de Vienne en les incorporant à la Prusse. Aussi toute la fin de son règne fut-elle troublée par des querelles religieuses, où tous les torts furent de son côté. Une conséquence immédiate de son zèle religieux fut