‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 114 sur 178 · PERSECUTIONS RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

PERSECUTIONS RELIGIEUSES

la persécution oi^anisée contre les juifs. Deux ordon* nances de 1836 leur défendirent sous des peines sévères de prendre à l'avenir des prénoms chrétiens, et d'acquérir, dans certaines parties du royaume, des propriétés foncières, à moins de les cultiver eux-mêmes ou de les faire cultiver par des domestiques de leur religion. Ces ordonnances dignes du moyen âge eurent des résultats déplorables, et furent le signal de troubles graves à Posen, où des juifs furent insultés et massacrés.

Ses persécutions ne se bornèrent pas aux juifs. Pour faire accepter son rituel à ses sujets, il fut plus d'une fois obligé de faire occuper militairement des communes récalcitrantes. Les soulèvements populaires appelèrent des répressions de plus en plus rigoureuses; des ministres luthériens furent mis en jugement et condamnés.

On vit alors des communes luthériennes se former en Églises distinctes plutôt que de se soumettre au culte officiel, s'appuyant sur les articles du traité de Westphalie, qui leur garantissait le maintien de leur confession religieuse. Ces communes chassaient les ministres envoyés parle gouvernement; des milliers de luthériens émigrèrent et allèrent chercher une nouvelle patrie au delà des mers. Un jour, quatre cent cinquante de ces exilés volontaires quittèrent la province de la Marche, et passèrent par Berlin, .allant s'embarquer pour l'Australie. Vainement le roi lui-môme, ému de ce spectacle, leur adressa une lettre pour les engager à rester sur le sol prussien. Les émigrants continuèrent leur voyage. Mais lorsqu'ils arrivèrent à Londres, où

ils voulaient s'embarquer, ils se trouvèrent hors d'état de payer leur passage^ et après avoir éprouvé toutes les horreurs de la misère, la plupart périrent en Angleterre.

Pour éviter le retour de faits aussi déplorables, le gouvernement n'imagina rien de mieux que de rendre un décret, aux termes duquel la permission d'émigrer ne pouvait être désormais accordée qu'aux familles dont le chef posséderait en numéraire une somme de 215 thalers(806 francs), et dont chaque membre aurait 109 thalers [UOS francs).

Une autre disposition non moins tyrannique souleva de graves difficultés. Une ordonnance du 17 août 1825, sur les mariages mixtes, déclara qu'à l'avenir il ne serait souffert aucune infraction à la loi de 1803, qui ordonnait que tous les enfants fussent élevés dans la religion du père. Puis on invita secrètement les officiers et fonctionnaires, qui tous professaient la religion officielle, à épouser des femmes catholiques, afin de ruiner le catholicisme en l'empêchant de se recruter. Le clergé catholique s'opposa à ces mariages. Le roi s'adressa en 1830 au pape Pie Vin, qui donna raison à son clergé, par un bref du 25 mars.

Le roi, fort irrité de cette opposition, fit venir le chevalier de Bunsen, son envoyé à Rome, et M. de Spiegel, archevêque de Cologne, plat courtisan, qui n'avait d'autre volonté que celles du roi. Il leur fit rédiger sous ses yeux un règlement qui fut publié le 19 juin 183/i, et qui, sous prétexte de donner un sens pratique au bref pontifical, en détruisait par le fait les principales dispositions. Les évêques de Trêves, de Munster et de Pa-

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derborn adhérèrent à ce règlement, déterminés par la promesse que leur avait faite le roi que, à Tavenir, la célébration religieuse suffirait pour donner au mariage ses effets légaux, c'est-à-dire que le mariage cesserait d'être un acte purement civil. #

Deux ans après, le pape protesta contre ce règlement. On lui répondit simplement qu'il n'existait pas, et les évoques de Munster, de Paderborn et de Trêves lui écrivirent en lui présentant Tordonnance royale de 1834 comme un règlement accepté d'un commun accord, pour décider quelques cas douteux.

Mais bientôt Tévêque de Trêves au lit de mort se rétracta, et « éclairé par la grâce divine » il reconnut qu'il s'était trompé sur le véritable sens du règlement royal. Quelque temps après, en 1835, l'archevêque de Cologne mourut à son tour. Lebaron de Droste de Vischering, son successeur, pour obtenir le consentement du roi à son élection, avait souscrit à l'instruction royale. Une fois installé, il reconnut, comme l'évoque de Trêves, qu'il s'était trompé, et il déclara qu'il se conformerait uniquement au contenu et à la lettre du bref pontifical. En même temps il attaqua l'hermésianisme, qui était une sorte de conciliation entre les principes protestants et les dogmes principaux de la religion catholique. Le roi, furieux de cette résistance, fit ranger la garnison de Cologne autour du palais archiépiscopal ; des canons furent braqués sur toutes les rues voisines pour contenir la population ; puis on saisit l'archevéqa^ on l'enferma dans une voiture, et on l'emmena rapidement, au milieu d'une forte escorte d'artilleurs à cheval, dans la forteresse de Minden.

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Aussitôt aprës^ le roi fit publier une déclaration dans laquelle il prétendait avoir agi en quelque sorte de concert avec le pape. C'était un mensonge; une allocution de Grégoire XVI, prononcée devant les cardinaux asseiqimés, le dénonça à toute la chrétienté, en glorifiant hautement la conduite de Tarchevêque de Cologne.

Le jour de la fête du prélat prisonnier, beaucoup de maisons furent illuminées à Cologne, et les soldats de la garnison ayant voulufaire éteindre ces illuminations, il en résulta des scènes de désordre. A Munster les choses allèrent si loin, qu'une véritable mêlée eut lieu entre la garni&on et les habitants. Plusieurs personnes - furent écrasées pardescharges de cavalerie. La noblesse westphalienne protesta à son tour par une députation qu'elle envoya au roi, mais celui-ci refusa de la recevoir.

Alors commença un mouvement d'opposition religieuse qui créa au roi mille embarras. L'archevêque de Posen surtout se signala dans cette lutte. H fut suspendu de ses fonctions et mandé à Berlin où il arriva le 10 avril 1838, et d'où on lui défendit de sortir. Il s'enfuit pour retourner dans son diocèse, mais il fut poursuivi, ramené et traduit devant un tribunal, qui le condamna le 8 février 1839 à un emprisonnement de six mois dans une forteresse, à la privation de ses dignités ecclésiastiques et au payement des frais du procès. On l'enferma dans la citadelle de Colberg, en Poméranie, où il resta jusqu'à la mort de Frédéric-Guillaume III. Le chapitre du duché de Posen et le clergé adressèrent au roi une pétition pour demander la réintégration de l'archevêque, et protestèrent sévèrement contre cette audacieuse violation des contrats qui garantissaient aux

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