‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 12 sur 178 · PLAN DE HERTZBERG · texte numérisé non relu

PLAN DE HERTZBERG

le duc de Brunswick^ le même qui devait être le premier général de la coalition^ mais qui cependant se sentait attiré vers la France^ et il se jeta dans Talliance de Pitt.

Une fois Talliance anglo-prussienne conclue» les deux alliés ne cessèrent d'exciter la Hongrie et les Pays-Bas contre rAutriche^ et grâce aux intrigues de Tagent prussien Luchesini et de TAnglais Hailes^ Joseph II se trouva avoir à la fois contre lui les prêtres, parce qu'il était libre penseur, et les républicains, parce qu'il était roi.

Cela n'empêcha pas Joseph II de se jeter étourdiment, h la suite de^la Russie^ dans la guerre d'extermination que les provocations de cette dernière puissance avaient forcé la Turquie à lui déclarer^ le 24 août 1787.

Une fois qu'il vit cette guerre engagée, Hertzberg ne songea plus qu'au moyen d'en tirer parti pour l'agrandissement de la Prusse. Il dressa donc, en vue des diverses éventualités possibles, un plan très-compliqué, dont voici les principaux traits. D'abord, il s'agissait de manœuvrer assez habilement pour tromper tout le monde sur les véritables intentions du gouvernement prussien, et pour faire croire qu'il était tout décidé à se jeter à son tour dans la môlée, lorsque en réalité il voulait s'en tenir aux moyens diplomatiques et aux démonstrations de guerre. Une fois ce point acquis, il restait à faire comprendre à la Porte que ses deux ennemis étaient bien décidés à la dépouiller, que l'intervention de la Prusse n'avait d'autre but que de tenir en bride la cupidité des alliés, mais qu'il était de la plus simple prudence de consentir à l'abandon d'un certain nombre

28 FRÉDÉRIC-GUILLAUME lï.

de territoires pour conserver le reste. L'Autriche, de son côté^ en compensation des avantages qu'elle allait trouver en Turquie, et qu'elle devrait en partie aux bons offices de la Prusse, devait s'engager à donner quelque satisfaction aux réclamations de la Pologne, et lui rendre la Gallicie. On espérait amener la Pologne, à son tour, à témoigner sa reconnaissance à la Prusse en lui abandonnant Dantzig et Thorn.

Il s'agissait donc de suivre à la fois, et à des distances considérables, trois négociations différentes avec trois États dont les intérêts étaient opposés, en subordonnant sans cesse chacune de ces négociations au résultat des deux autres ; et cela sans compter qu'ij fallait éviter d'inquiéter la Russie, la Suède qui venait d'envahir tout à coup la Finlande, en 1788, et l'Angleterre dont l'alliance importait à la Prusse. On conviendra qu'un pareil plan n'étaitpas facile à faire réussir; mais comme si les difficultés n'étaient pas déjà assez graves, l'am- 'bassadeur de Prusse à Gonstantinople, Diez, qui était complètement gagné aux intérêts de la Turquie, se mit en tête d'y ajouter une complication nouvelle en traçant, parallèlement à celui du ministre, un plan plus favorable à la Porte, et en en poursuivant Taccomplissement de sa propre autorité et bien au delà de ses intructions. Il en résulta que la Prusse se trouva engagée à son insu dans une voie qu'elle ne voulait pas suivre jusqu'au bout. Le sultan, qui ignorait cette circonstance, conçut des espérances chimériques, dont il fallut beaucoup rabattre, quand on découvrit les manœuvres de Diez, et que Hertzberg déclara nettement que l'ambassadeur prussien avait outrepassé la ligne qui lui avait

Page 1