LES PARTIS EN PRUSSE
des manifestations perpétuellement variables de la raison absolue^ des idées indéfiniment changeantes^ mobiles et progressives^ que tire à sa remorque le mouvement de la pensée. Au-dessus de l'éternel néant des chose plane l'Esprit souverain^ seul réel» seul vivant, seul puissant; qui pétrit et transforme les apparences par sa seule énergie. A lui seul donc revient Tempire du monde^ lui seul a droit de commander et d'agir, et il n'y a pas d'autre politique que de façonner les sociétés à rimage de ce type éternel et suprême. Il faut donc refaire l'État^ refondre la société^ supprimer le passé et entrer de plain-pied dans l'avenir, c'est-à-dire dans la réalisation immédiate de l'idéal absolu. Ce parti comme l'autre repousse toute constitution, car toute constitution serait insuffisante. 11 s'agit bien vraiment d'une représentation nationale I qu'est-ce que cela auprès des rêves de palingénésie sociale qu'ils couvent dans la profondeur de leurs méditations ? Il faut refaire les hommes, et les refaire par un coup de cette baguette magique que possède seul l'enchanteur souverain dont ils sont les apôtres.
Mais entre ces deux partis^ il y en avait un autre qui comprenait à peu près tout ce qu'il y avait d'esprits pratiques et raisonnables en Prusse. Celui-là^ sans rejeter ni l'histoire ni la raison, proclamait que ce n'était pas trop de consulter l'une et l'autre pour don-» ner à la Prusse la constitution qui lui manquait. Tous demandaient une représentation nationale sérieuse et sincère, seulement les uns, trop confiants dans l'abnégation royale, ne réclamaient que le droit d'être consultéS; tandis que les autres^ moins naïfs, ne voulaient
EUG. VÉROIf. 19
â26 FRÉDÉRIC-GUILLAUME IV.
de constitution qu'à la condition qu'elle assurât à la volonté nationale une représentation réelle et eflScace, et que rassemblée des députés de la nation eût le droit de surveiller^ de contrôler^ de commander à Toccasion.
Les universités^ après quelque hésitation^ se jetèrent activement dans la lutte. Or^ en Allemagne^ les universités n'étaient pas, comme nos facultés, réduites à commenter^ sous la surveillance du pouvoir, les beautés des littératures anciennes et modernes. Les grandes écoles allemandes occupaient une place sérieuse dans le pays; elles renfermaient l'élite de la nation; des hommes éminents y avaient porté très-haut Tétude de rhistoire et la philosophie du droit ; il y avait là des facultés des sciences morales, des cours d'études admi* nistratives. C'était du haut d'pne chaire de professeur que, en 1813^ Fichte avait lancé à ses concitoyens ses Discours à la nation allemande , et ses paroles enflammées n'avaient pas peu contribué à exalter dans les cœurs ce patriotisme à qui l^Allemagne dut sa délivrance. De même vers iSkk, les professeurs allemands se mirent à faire l'histoire de Tesprit germanique, ils suivirent ses manifestations libérales, commentant les succès et les défaillances du libéralisme, jugeant, condamnant les ordonnances, les discours de la couronne, publiant des brochures, et appelant aux méditations libérales leurs jeunes auditoires. Quel scandale en France si un professeur osait se permettre un pareil langage ! Aussi l'un de ces professeurs de philosophie, M. Hinrichs, de l'université de Halle, après avoir rappelé dans une de ses meilleures leçons les discours de Fichte^ avait-il