‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 126 sur 178 · AVEUGLEMENT DU ROI · texte numérisé non relu

AVEUGLEMENT DU ROI

gence et de fermeté pour écarter tous ces obstacles qui s'interposent entre eux et les peuples.

Pour Frédéric-Guillaume IV, la difficulté de comprendre le mouvement qui agitait les esprits était plus grande peut-être que pour tout autre. Roi lettré^ érudit, théologien et philosophe, il croyait avoir touché le fond de toutes les sciences humaines^ et il était profondément convaincu que dans tout ce qu'il ne comprenait pas il ne pouvait y avoir que sottise et démence. Le maintien du pouvoir absolu n'était donc pas pour lui seulement une question de politique ; la conviction du savant s'unissait aux préjugés du roi. Il plaignait sincèrement l'aveuglement de ceux qui ne croyaient pas comme lui, et il aurait volontiers établi une discussion ]*églée pour éclairer ces pauvres ignorants. C'est ce qu'il Ûi en effet dans plusieurs circonstances. Mais malheureusement pour lui^ et contrairement à son attente, ses arguments ne convainquirent personne. Je n'ai pas besoin de dire du reste qu'il était, en théologie^ pour les piétistes, dont Tidéal était une Église parfaitement Xinie sous la surveillance rigoureuse de TÉtat, et en philosophie pour l'école historique, satellite zélée du pouvoir de droi divin.

Maintenant que nous connaissons les acteurs, nous allons tâcher de les suivre dans les principales péripéties de ce drame qui commence à la scène du couronnement en iS/iO^ pour se terminer à la révolution de 1848.

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Au moment où Frédéric-Guillaume IV monta sur le trône, Tunion semblait parfaite entre la nation et lui. Il rappelait volontiers les souvenirs de 1813 et ne craignait pas de répéter dans ses discours les noms du comte de Munster, de Stein et deHardenberg, les coryphées de l'ancien libéralisme prussien. Aussi presque personne ne croyait-il qu'il dût se refuser à accomplir les promesses de son père. Voilà pour la politique. Pour les afiPaires religieuses^ il paraissait annoncer des dispositions conciliantes, et il s'était empressé d'effacer les traces des divisions qui avaient attristé les dernières années du règne précédent. On se croyait sûr qu'il maintiendrait les dispositions du code prussien^ qui déclare en termes exprès que « la société religieuse n'a pas le droit d'imposer à ses membres des règles de foi contraires à leur croyance ».

Mais on ne tarda pas à être détrompé.

M. Scheibel, professeur à l'université de Breslau, fut destitué parce qu'il appartenait au parti des vieux lu-thériens; M. Guerike, prédicateur à Halle, fut obligé de quitter sa chaire pour la même raison. Les universités furent soumises à un régime de surveillance et d'espionnage. Le ministre des cultes, M. Eichorn, disait publiquement à Berlin, à Rœnigsberg, à Breslau, que « le temps était arrivé de maintenir la vraie croyance par les moyens les plus énergiques ; qu'il ne convenait

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pas à la direction suprême des affaires de rester dans rindifférence ; que son rôle était d^étre partiale^ tout à fait partiale». Dans une autre circonstance il s'écriait que (a dans un temps où la science était tout orgueil^ il avait à cœur de répandre cet esprit d'humilité qui met les effets de la grâce bien au-<lessus de tous les mouvements originaux de la pensée». En même temps la censure redoublait de sévérité contre la presse. On refusa Tautorisation de fonder une Revue à M. Hotho, hégélien sérieux et respecté, parce que « cette philosophie était incompatible avec TÉglise et TÉtat, tels que Tun et Tautre peuvent et doivent exister ». On aggrava Tobligation de célébrer le dimanche ; on encouragea la fondation de sociétés dites du Christ historique, et rinstruction primaire fut remise entre les mains des ecclésiastiques orthodoxes. Puis quand le conseil supérieur de Berlin réclama contre ces tendances, le roi lui répondit par des plaisanteries.

Le piétistes, soutenus par le roi, se croyaient sûrs de pouvoir dominer leurs adversaires. En IBM, à la session annuelle du synode général de Brandebourg, ils présentèrent tout un programme, par lequel ilsdeman^ daient Tinstitution d'un tribunal de conscience pour les ecclésiastiques entre eux, et Torganisation de l'espionnage dans le clergé. Puis sous le titre de mesures à prendre pour faciliter Texercice des soins spirituels> ils voulaient : 1® que pour faciliter aux autorités ecclésiastiques la connaissance individuelle de leurs ouailles, on établît des registres spirituels, qui seraient d'abord dressés par les autorités civiles, puis continués par les autorités ecclésiastiques, et qui contiendraient des notes

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sur chaque individu ; 2'' que pour faciliter les rapports des ecclésiastiques avec leurs ouailles^ les ministres du culte eussent le droit de mander chez eux les fidèles, de faire chez eux des visites domiciliaires régulières» et qu'on rétablît la confession auriculaire. Pour commencer, ils insistaient pour qu^on excommuniât formellement la secte des Amis des lumières^ qui venait de se constituer en Saxe, et qui se répandait rapidement dans toute la Prusse.

Malgré Tappui du gouvernement, ils furent repoussés sur tous les points. La plupart de leurs propositions furent écartées sans qu'on voulût même leur faire rhonneur de les discuter, et le synode déclara qu^il rejeterait toute constitution qui ne serait pas conforme aux traditions de TAllemagne. C'était atteindre dans son principe le piétisme, qui n'était qu'une importation du puseyisme anglais.

Au même moment, de nouvelles difficultés religieuses se manifestaient d'un autre côté. De tout temps, une partie de l'Église catholique d'Allemagne a supporté impatiemment les ingérences de la cour romaine. On coniprend que les gouvernements allemands n'aient pas fait de grands efforts pour combattre ces sentiments. L'idée d'une Église catholique allemande faisait donc tout doucement son chemin dans bs esprits, lorsque l'évéque de Trêves, M. Arnoldi, eut la mauvaise inspiration d'ordonner une exposition publique d'une prétendue tunique de Jésus-Christ, qui aurait été conservée, on ne sait où ni comment, jusqu'au IV* siècle, et qui aurait été alors donnée à la ville de Trêves par Hélène, mère de Constantin. Les auteurs

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