LA TUNIQUE DE TRÊVES
les plus autorises, les bollandistes eux-mêmes ont sojulevé contre cette légende des objections auxquelles on n'a pas répondu. Mais le fanatisme ne s'arrête pas ponr si peu ; il cesserait d*être ce qu'il est, s'il était capable d'entendre raison. La tunique fut donc exposée durant six semaines. Un nombre très-<;onsidérable de fèlerinsalla voir et vénérer le précieux tissu. On con- Ooit l'effet que dut produire le retentissement de cette cérémonie païenne dans l'Allemagne protestante, ennemie des images et de toutes les idolâtries. Ce n'est ^s tout; on voulut avoir des miracles^ comme dans toutes les cérémonies de cette nature ; on en eut trente, c'est M.Marx^ l'historiographe de la chose^ qui l'affirme, et l'on ne manqua pas d'en faire grand bruit. Malheureusement les protestations^ les démentis^ arrivèrent de tous côtés. Les journaux en furent remplis.
Les protestants ne furent pas seuls indignés de ces jongleries. Un jeune prêtre catholique, Jean Ronge, écrivit le i" octobre iSUh, de Laurahûtte, une lettre qtui parut le surlendemain dans les Feuilles patriotiques de Saxe sous le titre de : Jugement d'un prêtre catholique sur la sainte tunique de Trêves. Elle fut reproduite par tous les journaux et courut dans toute TAllemagne avec un bruit immense.
Les piétistes qui^ tout en copiant les traditions romaines; n'en étaient que plus hostiles à la cour de Rome, s'empressèrent de prendre sous leur protection Ronge et Czerski, autre prêtre également révolté. Le gouvernement en fit autant^ pour les mêmes raisons. C'était d'ailleurs une manière de faire pièce aux puissances catholiques de l'Allemagne, l'Autriche et la
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Bavière, et Frédéric-Guillaume IV ne voulut pas se priver de ce plaisir.
Cependant les uns et les autres ne tardèrent pas à reconnaître leur erreur. En fait, le mouvement qui se déclarait était plus hostile que favorable au piétisme et à la doctrine gouvernementale^ et le concile de Leipzig fit bientôt voir qu'il ne pouvait profiter qu'aux amis des lumières. Alors les piétistes reculèrent d'horreur et le gouvernement se ravisa. Le roi voulut chasser les sectaires de la Prusse. Mais on ne savait sur quoi s'appuyer. L'Église officielle elle-même, Tévangélisme fondé par Frédéric-Guillaume III, n'était qu'une secte toute récente que rien ne rattachait à la tradition de la réforme; le piétisme n'en était pas moins éloigné. On ne pouvait frapper les uns sans atteindre les autres. Il fallut donc attendre, délibérer, réfléchir, chercher des biais. Cependant les dissidents faisaient tous les jours des progrès, soutenus par la coalition des ennemis du catholicisme, du piétisme, de l'évangélisme officiel. Quelques-uns voyaient là le commencement d'un mouvement utile à répuration de l'Église et de la religion ; beaucoup d'autres songeaient à l'unité future de l'Allemagne et croyaient la voir commencer par cette agitation.
Le concile de Leipzig avait décidé que chaque commune élirait chaque année son ofiiciant, et que l'homme qui serait ainsi choisi par la majorité pourrait se passer de l'ordination. Or, l'application de ce seul article, si elle était tolérée, entraînait toute une révolution. C'était enlever au gouvernement toute ingérence dans les affaires ecclésiastiques ; par là, c'était le dé*