LES DISSIDENTS
pouiller d^une partie même de ses attributions civiles, puisque le prêtre indépendant^ élu par ses concitoyens^ devenait le seul dépositaire de tous les actes qui constituent la famille^ tels que les actes de naissance et les actes de mariage. Le roi n'était pas d'humeur à supporter cette substitution de la démocratie à Tautorité monarchique. De plus^ TÉglise dissidente commençait à recruter des partisans à Berlin Jusque parmi les hommes les plus distingués par leur caractère et par leur science. Le roi crut qu'il était urgent de se décider. Le 30 avril 18^5^ un arrêté déclara que le culte nouveau n'était pas reconnu ; que ses ministres, par conséquent^ ne pourraient avoir le droit de tenir les registres de l'état civil, lesquels ne devaient appartenir qu'aux ministres du culte évangélique.
Cependant les dissidents ne furent pas persécutés, et même le gouvernement les défendit contre le fanatisme du clergé catholique de Posen (29 juillet 1845). Au mois d*août de la même année, des dissidents s'étant réunis, malgré une expresse défense, dans une église de Waldbourg en Silésie, Taffaire fut portée au conseil des ministres. Plusieurs déclaraient que force devait rester à la loi, et « qu'il fallait absolument les faire sortir de 1 egUse, dût-on employer, pour les y contraindre, mille baïonnettes. » a Vous demandez mille baïonnettes, s'écria M. de Boyen, ministre de la guerre ; eh bien I moi je vous déclare que je ne vous en donnerai pas une pour en faire un pareil emploi. » M. de Flottwell l'appuya chaudement en disant : «Point de guerre de religion; que Dieu nous garde d'en donner jamais le signal. »
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On ne voulait pas de guerre de religion^ et en effet le roi finit par renoncer à peu près complètement aux persécutions religieuses. On laissa le mouvement s'éteindre de lui-même, et les vieux luthériens obtinrent d'étte reconnus comme église distincte.
Ce n'est pas que Frédéric-Guillaume IV fût devenu plus tolérant et plus libéral ; c'est qu'il s'aperçut à la fin que le danger était ailleurs. Qu'importe en somme au pouvoir que des sectes disputent sur tel ou tel formulaire, pourvu qu'après tout elles obéissent? Ce qui importe, c'est de surveiller l'esprit philosophique, dont le propre est de mettre tout en question et de peser les institutions à leur véritable valeur ; ce qui importe, c'est de détruire cette race maudite de songeurs^ que tourmentent les problèmes sociaux et politiques^ et qui ne manquent jamais d'aboutir à des demandes de réformes toutes plus désagréables les unes que les autres. Âussi^ tandis qu*on témoignait tant d'indulgence aux dissidents catholiques, aux vieux luthériens, jamais sous ce règne la persécution ne s'est ralentie à l'égard des amis des lumières. C'est que, malgré les apparences et les voiles religieux qui enveloppaient ce parti, au fond ce qui s'agitait en lui c'était l'esprit philosophique, c'està-dire toujours plus ou moins l'esprit de la Révolution.
C'est celui que nous allons suivre maintenant dans ses différentes manifestations.
Nous avons déjà dit que, le 7 septembre 18i!i0, les députésde Rœnigsberg, convoqués pour rendre hommage