‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 136 sur 178 · SOULÈVEMENT DU 18 MARS · texte numérisé non relu

SOULÈVEMENT DU 18 MARS

droits pour tout le commerce allemand; nous proposons la liberté de la presse^ avec les mêmes garanties contre Tabus, dans toute la patrie allemande. » Puis il terminait en convoquant la diète pour le dimanche 2 avril. En même temps paraissait une ordonnance qui supprimait la censure et qui soumettait les délits de presse à la juridiction des tribunaux ordinaires.

C'était un nouveau piège tendu aux passions du peuple prussien. Ne pouvant plus exploiter ses défiances à regard de la France, le roi cherchait à Féblouir par le mirage de la grande patrie allemande. Le peuple s*y laissa prendre et le calme parut être rétabli. On se porta en foule devant le palais du roi pour Tacclamer. Il se montra au balcon, où il fut salué par des vivat et des applaudissements.

Mais à peine le roi fut-il rentré que le tumulte recommença. La présence d*un corps de troupes, placé près du palais, irrite la foule. On crie : Arrière les soldats ! Tout à coup un détachement de dragons apparaît sur la place. On entoure le colonel. Les dragons chargent la multitude. Au milieu du désordre^ deux coups de feu partent des rangs de rinfknterie. Le peuple croit à une trahison ; on s*arme, on dresse des barricades^ on monte des pavés dans les maisons pour en écraser les soldats. Pour enlever les barricades, Tarmée fait venir de Tartillerie ; pendant toute la nuit on se bat dans les rues à la lueur des lampions qui avaient été préparés pour célébrer le retour de la paix^ et la ville entière retentit du bruit des coups de fusil, des coups de canon et des sons lugubres du tocsin. La bataille dura treize heures et ne cessa que vers six heures du

matin. Le peuple s'était emparé des portes de la ville, et les troupes avaient été peu à peu resserrées au centre de la ville, où elles ne pouvaient recevoir ni renforts ni munitions.

Cependant le roi refusait de donner aux troupes Tordre de se retirer. Le peuple gardait et fortifiait les barricades. Les soldats étaient épuisés de fatigue. Le combat, suspendu par une sorte de trêve imposée par la lassitude, pouvait reprendre d'un moment à Tautre. La foule paraissait bien résolue à ne pas céder et la royauté pouvait être mise en péril. Une députation de bourgeois insistait auprès du roi, qui voulait avant tout qu'on détruisit les barricades ; cependant on lui fit comprendre qu'une victoire achetée au prix de Textermination du peuple serait la pire des défaites. Il céda encore et souscrivit à toutes les conditions posées : retraite des troupes^ armement de la garde bourgeoise, délivrance des prisonniers; amnistie pour les délits politiques et pour les chasseurs de la garde, du bataillon des tirailleurs de Neufchatel, qui s'étaient prononcés pour le peuple ; renvoi des ministres et formation d'un ministère complètement nouveau.

L'armée devait montrer plus tard qu'elle n'oublierait pas cette humiliation. Mais le roi à son tour eut la sienne qu'il n'avait pas prévue. On amena sur la place du palais des chariots remplis de cadavres^ et le peuple en foule se mit à crier : Le roi, le roi I On plaça sous le balcon même quatre de ces cadavres et les cris redoublèrent. Les nouveaux ministres se présentèrent et essayèrent de calmer la foule, sans y réussir. Enfin le roi parut^ pâle d'émotion et sans doute de colère. La

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