‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 137 sur 178 · HUMILIATION DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

HUMILIATION DE LA ROYAUTÉ

reine, appuyée à son bras, recula d'horreur à Taspect des cadavres étalés sous ses yeux. Le roi essaya de parler. Le bruit couvrit sa voix. On lui criait de descendre, de venir saluer ces cadavres. Il descendit et salua. Ensuite on amena au palais les blessés du combat de la veille, et il fallut que le roi et la reine les fissent soigner. Puis on illumina.

Le 20 mars, la garde bourgeoise s'organisa. L'amnistie parut le même jour : a Hier, disait le roi, j'ai déclaré que mon cœur avait tout oublié ; mais pour qu'on sache bien que cet oubli s'applique à tout mon peuple et pour ne pas troubler. par des souvenirs douloureux le grand avenir qui commence pour notre patrie, j'annonce amnistie à tous ceux qui ont été poursuivis ou condamnés pour délits politiques ou de presse. » Ce décret était suivi d'un ordre de mettre en liberté tous les individus amnistiés.

Cependant le roi espérait toujours que la passion de l'unité allemande lui ramènerait le peuple, et sans doute il trouvait pour lui-même, dans la pensée de l'Empire allemand, une consolation aux humiliations qu'il était obligé de subir comme roi de Prusse. Par son ordre, le comte de Schvrerin disait aux étudiants armés : a Sa Majesté regarde comme son devoir d'informer la jeunesse académique, qui s'est conduite avec tant d'éclat dans ces jours de gloire, des démarches qu'elle se propose de faire. Le roi veut se mettre à la tête de l'Allemagne constitutionnelle. Il veut la liberté et la c(mstitution. En conséquence il a décidé qu'un parlement allemand serait formé sans délai, et il se mettra à la tête du progrès. Le roi compte sur la

protection du peuple. N'est-ce pas votre opinion! (mille voix : oui ! oui !) Le roi paré des couleurs allemandes va paraître dans les rues. 11 compte que la jeunesse académique se groupera autour de lui... Messieurs, vive le roi allemand ! Nous sommes les ministres responsa];)les du roi^ mais notre âme est le roi et le progrès. La liberté est sa pensée. »

Puis^ vers onze heures, le roi^ avec un brassard aux couleurs allemandes^ sortit à cheval et dit au peuple assemblé : « Ce n'est pas une usurpation de ma part si je me sens appelé à sauver la liberté et Tunité allemandes. Je jure devant Dieu que je ne veux point briser les trônes allemands, mais protéger Tunité et la liberté de TAllemagne avec une fidélité allemande^ et par une sincère constitution allemande. »

Il faut toute rivresse et la naïveté des temps de révolution pour avoir pris au sérieux le puéril et emphatique langage de cet Épiménide couronné, qui voulait se faire passer pour réveillé par la Révolution. C'est là en réalité la véritable, la profonde humiliation de la royauté prussienne. Ce perpétuel mensonge, cette perpétuelle affectation de libéralisme, ce démenti continuel donné aux paroles de la veille, voilà qui est bien pis que d'avoir eu à saluer des cadavres. Tous les rois ont à cette époque subi plus ou moins cette humiliation ; aucun n'a songé à y échapper en abdiquant; les abdications de Ferdinand P' et de Charles-Albert eurent de tout autres motifs. Comment donc compter sur la parole d'hommes qui, alors, pour garder leur couronne, reniaient leurs sentiments de la veille ? N'était-il pas évident que du

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