CONCESSIONS DU ROI
moment qu'ils auraient endormi par de belles paroles les défiances des peuples, ils n'auraient rien de plus pressé que de se venger sur la liberté des désagréments, qu'elle leur avait causés?
Cependant la confiance avait bien de la peine à se rétablir^ malgré toutes les protestations allemandes du roi. Le soir du 20 mars, après la délivrance des prisonniers polonais de Tinsurrection de 1846, le bruit se répandit subitement que le prince de Prusse revenait avec une armée de Prussiens et de Russes; on dressa des barricades formidables aux portes de la ville. Il fallut, pour rassurer les habitants, une proclamation du ministère et la retraite des derniers soldats qui restaient à Berlin.
Le 22 mars eurent lieu les funérailles des victimes, et les cercueils des hommes morts en combattant la royauté défilèrent lentement devant le roi, placé sur le balcon du palais.
Le 23, la Gazette officielle publiait la déclaration suivante, contre-signée par les nouveaux ministres ; « Une nouvelle loi électorale, fondée sur les élections primaires et destinées à produire une représentation de tous les intérêts du peuple sans distinction de religion, sera soumise à la diète qui sera prochainement convoquée. A cette diète seront soumis des projets dé loi : l"" sur la garantie de la liberté individuelle ; 2® sur le droit d'association et de réunion ; 3® sur l'organisation de la garde nationale et l'élection libre de ses officiers ; 6® sur la responsabilité des ministres ; 5"" sur l'introduction du jury en matière criminelle, notamment pour tous les délits politiques et de presse; 6® sur
rindépendance des juges ; 7° sur la suppression de la juridiction privilégiée et patrimoniale. En outre, l'armée permanente devra prêter serment à la constitution. )> Dès le 21^ le roi avait ordonné que Tarmée joignit la cocarde allemande à la cocarde prussienne. Ce même jour une nouvelle déclaration du roi proclamait que « la Prusse dès ce moment se transformait en Allemagne » , qu^il allait convoquer le plus tôt possible un parlement allemand^ qui aurait à délibérer « sur la régénération et la fondation d'une Allemagne nouvelle^ unie et non pas uniforme, unie dans la diversité et unie avec la liberté. L'introduction générale d'institutions vraiment constitutionnelles avec la responsabilité des minisires des États particuliers, la publicité etToralilé des débats judiciaires^ le jury en matière criminelle, les droits politiques et civils égaux pour tous les cultes, une administration libérale et vraiment populaire, pourront seuls opérer et affermir une pareille unité parmi les princes et les peuples. »
De quelle gloire serait entouré le nom de Frédéric- Guillaume IV s'il avait fait toutes ces concessions six mois, trois mois plus tôt, et quelle influence il eût - assurée à la Prusse sur le développement ultérieur de TAllemagne! Mais il lui eût fallu pour cela une intelligence qui lui manquait. Cet exemple donné à l'Europe aurait pu changer toute la suite des événements, et la révolution aurait pu se faire pacifiquement. Est-il donc absolument nécessaire que la liberté ne puisse s'introduire dans le monde que par la violence? Il faut bien le croire, puisqu'il n'y a pas d'exemple qu'un souverain ait su voir en elle autre chose qu'une ennemie.