‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 14 sur 178 · MORT DE JOSEPH II · texte numérisé non relu

MORT DE JOSEPH II

des luttes des princes et des peuples^ qu'à la condition d'en tirer parti pour la Prusse. Il s'était allié à la Pologne uniquement pour mettre TAutriche dans Timpossibilité de tourner toutes ses forces contre la Turquie en la forçant de rester sur la défensive du côté de la Pologne ; il espérait par là l'amener à des concessions qui rendraient plus facile Texécution du plan qu'il avait conçu. Quant au soulèvement de Liége^ il le soutenait également parce qu'il était un nouvel embarras pour rAutriche. Je ne crois pas que l'humanité du prince ait rien à faire là dedans.

Avant que fût expiré le délai marqué pour l'échange des ratifications entre la Porte et la Prusse^ la mort de Joseph II vint remettre tout en question. Il mourut le 20 février 1790. Son frère Léopold II, déjà célèbre pour son administration du grand-duché de Toscane^ lui succéda sur les trônes de Hongrie et de Bohême^ et dans la souveraineté des Pays-Bas^ en attendant que les suffrages des électeurs lui donnassent la couronne du saint-empire romain. Son premier soin fut de mettre à néant les essais de réformes tentés par son frère^ il faut le dire, avec plus d'humanité que d'intelligence. Cependant^ malgré leur peu de succès^ elles feront toujours au caractère, sinon à l'habileté de Joseph II, plus d'honneur que n'en fera à la mémoire de son successeur l'attention exclusive qu'il porta à maintenir intact son pouvoir absolu et à le défendre contre toutes les revendications de la raison et de la liberté. Quelles que soient les maladresses et les illusions qu'on puisse reprocher à Joseph n, il lui restera du moins la gloire assez rare pour un prince d'avoir songé et travaillé dans la mesure

(le son intelligence au progrès de rhumanité et au bonheur de ses sujets, tandis que toute la conduite de Léopold II a été inspirée par les seuls calculs de régoïsme monarchi(Jhe le moins élevé.

Hertzberg reprit avec lui les négociations entamées avec son prédécesseur relativement aux affaires de Turquie^ et tâcha de Tamener aux arrangements qui avaient été concertés avec cette dernière puissance. Mais loin de s^y montrer disposé^ Léopold continua à rassembler des troupes sur les frontières de la Silésie^ en Bohême et en Moravie. La Prusse dut donc également poursuivre ses armements, et Ton commença à entrevoir qu'il faudrait peut-être bientôt passer des démonstrations de guerre à une intervention effective. L'alliance de la Pologne avec la Prusse semblait promettre à cette dfernière des avantages considérables. Mais cette illusion ne tarda pas à se dissiper. Quand après toute espèce de détours, il fallut en venir à dévoiler le plan complet de Hertzberg, et à mettre sur le tapis la cession de Dantzig et de Thorn, en échange de la Gallicie, la République refusa formellement d'entrer en négociation sur ce point, et il n'y eut plus rien à espérer de Talliance polonaise. L'Angleterre, de son côté, ne voulait pas consentir à l'amoindrissement de la Turquie ; elle refusait de se prêter à tout arrangement qui ne maintiendrait pas le statu quo, et la Hollande se joignit à elle.

Cette opposition arrêta les négociations pendant assez longtemps. Cependant lorsqu'elles furent reprises à Reichenbach, où Frédéric-Guillaume avait établi son quartier général, le 18 juin 1790, les députés des puissances maritimes, qui s'étaient réunis en une sorte de

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