‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 141 sur 178 · SOULÈVEMENT DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

SOULÈVEMENT DE LA POLOGNE

cil le sentiment de la liberté était le plus exalté. Aussi peut-on dire que la tentative insensée de Struve et de Hecker porta un coup funeste à la cause qu'ils croyaient défendre. Les colonnes républicaines, une fois entrées dans le pays, n'y trouvèrent guère d'appui ; ces troupes, mal disciplinées, furent défaites successivement malgré leur courage, et elles durent en toute hâte et en grand désordre regagner la France et la Suisse, sans avoir réussi à autre chose qu'à ajouter une nouvelle cause de troubles à toutes celles qui agitaient TAUemagne, et à jeter l'inquiétude dans un certain nombre d'esprits, qui peut-être jusqu'alors avaient envisagé l'avenir avec confiance.

Les Polonais ne furent pas plus heureux.

Depuis longtemps le partage de la Pologne pesait sur la conscience de l'Allemagne. D'ailleurs elle n'avait pas tardé à s'apercevoir que ce partage, en supprimant la barrière naturelle qui séparait l'Allemagne delà Russie, n'avait eu d'au tre conséquence que de mettre la politique de la Prusse et de l'Autriche à la merci des czars. L'AI- Icmagne, qui croyait avoir reconquis son indépendance en renversant Napoléon, se trouvait devenue fatalement la vassale de la Russie. Cette sujétion, assez patiemment supportée par les princes, qui y trouvaient comme compensation une garantie pour leur absolutisme, froissait vivement l'orgueil national des peuples. Aussi l'idée de reconstituer la Pologne avait-elle fait de grands progrès dans les esprits éclairés, quand la révolution de 18/i8 lui donna l'occasion de se manifester. Le roi de Prusse lui-même s'y était laissé entraîner dans une certaine mesure, et en se posant, par sa déclaration du

18 mars, comme le protecteur de la nationalité allemande^ il avait laissé aux provinces qui ne faisaient pas partie de la Confédération germanique la liberté de s'y adjoindre ou d'y rester étrangères à leur gré. C'était reconnaître leur nationalité propre. Mieroslawski et le prince Czartoryski étaient partout acclamés par le peuple prussien. Les Polonais crurent naturellement que l'heure de la délivrance était arrivée, et que ce peuple allemand, qui proclamait si haut sa propre nationalité, ne pourrait pas plus longtemps consentir à Toppression des autres. Mieroslawski ne se trompait cependant pas sur les véritables dispositions du gouvernement prussien, mais il se faisait illusion sur celles du peuple. 11 croyait avec raison à la sincérité de ses démonstrations en faveur des Polonais, mais il ne songeait pas à ce levain de chauvinisme étroit, qui constitue la meilleure partie du patriotisme des foules, et qui devait nécessairement s'alarmer, dès qu'il verrait les provinces polonaises près de lui échapper. Il faut être plus éclairé que ne Test le peuple en général pour mettre d'accord ses idées et ses sentiments, et les Polonais en firent la dtire expérience. Ils eurent beau réclamer, protester, se soulever en armes, le duché de Posen fut coupé en deux; une moitié reçut quelques concessions peu importantes; l'autre, dans laquelle fut comprise la ville de Posen, dut faire partie de la Confédération germanique. Cette décision alluma la guerre. Les Polonais, après plusieurs victoires qu'ils remportèrent, grâce à un courage héroïque et malgré l'énorme disproportion de leurs forces, furent enfin obligés de céder, n'ayant plus, à force de vaincrci assez de soldats pour combattre.

SCHLESWIG-HOLSTEIN. â65

Mais l'affaire la plus grave était celle du Schleswig- Holstein.

Cette affaire^ qui a eu dans ces derniers temps un retentissement considérable, est loin d'être claire. Cependant il importe qu'elle soit comprise.

Le Holstein et le Lauenbourg, limités d'un côté par TElbe et de Tautre par l'Eider qui les sépare du Schleswig, sont habités par des Allemands et faisaient déjà partie de la Confédération germanique. La population du Schleswig est moitié danoise, moitié allemande. Or le Schleswig avait eu jusqu'en 1846 une administration distincte des autres provinces du Danemark. A cette époque le gouvernement danois, tout en respectant l'indépendance du Schleswig comme duché, le déclara partie intégrante du royaume de Danemark. De leur côté le Schleswig et le Holstein prétendirent que la patente royale était contraire à leurs droits et attentatoire aux anciennes lois du pays, qui n'avaient pu être abrogées, et qui consacraient Tunion inséparable des deux duchés. Qui avait tort? qui avait raison? Je ne me chargerais pas de le décider, car dans ces sortes de questions, tout change selon le point de vue auquel on se place. En tous cas, on peut dire que, au point de vue du principe des nationalités qu'on a appliqué à cette question, elle est parfaitement insoluble, car s'il est un fait certain, c'est que la population du Schleswig est fort mêlée de Danois et d'Allemands, et que, par conséquent, quelle que soit la solution qu'on préfère, il y en aura toujours nécessairement environ une moitié qui aura le droit de se croire lésée.

En tous cas, il est facile de comprendre que l'Aile-

36G FRÉDÉRiœULLLAUME lY.

magne et surtout le Zollverein prussien eussent un intérêt-puissant à soutenir les réclamations de ces duchés placés entre TElbe et le Sund, et dont radjonetion à la Confédération germanique était à peu près indispensa* ble à la marine allemande qu'on voulait créer. Quant au Danemark^ il avait un grand tort^ celui d'être alors une des monarchies les plus absolues de FEurope, et l'on conçoit que le Schleswig et le Holstein ne voulussent pas sacrifier les libertés relatives dont ils avaient joui jusqu'alors.

Ce qui donnait alors plus d'animation à ces querelles déjà anciennes entre les duchés et le Danemark, c'était la question de succession. Le roi Christian YIII était vieux ; son fils unique, Frédéric \II, n'avait pas d'enfant, et à sa mort la couronne de Danemark devait passer aux héritiers de la ligne féminine. Or, d'après les lois traditionnelles du royaume^ les duchés, qui ne pouvaient pas tomber en quenouille^ devaient revenir à la deuxième ligne masculine, dite la Royale cadette^ dont le chef était le duc d'Augustenbourg. Il en résultait donc que lés duchés pouvaient être séparés du royaume de Danemark, et c'était précisément pour éviter cette éventualité que Christian VUl avait déclaré le Schleswig partie intégrante de la monarchie.

A la mort de Christian VIII, le 20 janvier 1848, son fils déclara le jour même qu'il voulait donner une constitution commune au Danemark et aux duchés. Cette constitution, publiée le 28 janvier, instituait des États généraux uniques pour toutes les provinces ; le nombre des représentants devait être de 52; 26 pour le Danemark, 26 pour les duchés. Sur ces 62 représen-

SÛËLESWIG-HOLSTËIN. 867

tants^ le roi se réservait ie droit d'en nommer 16 directement. Les autres étaient nommés par les riches propriétaires^ les membres du clergé et de la noblesse, déjà députM aux États provinciaux. Le roi^ comme on le voit; ne s'était pas mis en frais de libéralisme. Aussi les réclamations s'élevérent-ellés de toutes parts^ des provinces danoises comme des duchés. A la nouvelle de la révolution de février, le peuple imposa au roi une nouvelle constitution plus libérale^ mais en même temps il exigea incorporation du Schleswig-Holstein. Mais au môme moment les États des duchés se soulevèrent, réclamant leur incorporation à la Confédération germanique, établirent un gouvernement provisoire, et se préparèrent à repousser toute attaque de la part du Danemark. Le 27 mars, le roi Frédéric Vil adressa cet appel aux Schleswigois : « J'ai donné ma royale parole d'accorder au duché de Holstein, comme pays faisant partie de la Confédération germanique, sa propre constitution... A vous, Schleswigois, j'ai promis et je promets par ces présentes que vous aurez, conjointement avec le Danemark et par votre propre coopération , une constitution libérale et démocratique.

n Votre indépendance comme Schlesv^igois, en dehors de la constitution commune, vous sera assurée par une diète particulière, par une administration particulière, par des contributions aux charges de l'État légalement réparties et proportionnellement à la population, par une juste répartition de l'excédant des revenus de l'État, par l'abolition de l'impôt sur la consommation, par le droit d'employer indistinctement la

langue allemande et la langue danoise dans rassemblée des États et à la Diète. »

II est probable que si le roi était entré dès le principe dans cette voie libérale, les Schleswigois auraient réclamé moins énergiquenient contre rincorporation projetée. Mais maintenant les esprits étaient exaltés^ le mouvement était lancé. Comme presque toujours, en pareil cas, le roi avait cédé trop tard.

La lutte commença avec acharnement. Malgré le courage des insurgés, les Danois s'emparèrent rapidement de presque toutes les positions fortifiées des duchés. C'est alors que la Prusse intervint au nom de la Confédération germanique. Les succès des Prussiens sur terre furent compensés par leurs désastres sur mer. Bientôt toute la Scandinavie s'émut. Le roi de Suède, entraîné par les vœux unanimes de la Suède et de la Norwége, fit dire au roi de Prusse qu'il allait envoyer une flotte et une armée au secours du Danemark. L'Angleterre et la Russie intervinrent également pour engager le roi de Prusse à retirer ses troupes du Jutland, où elles avaient pénétré. En conséquence le général Wrangel reçut Tordre de rentrer dans les duchés. Mais la guerre n'était pas finie pour cela. Un combat acharné eut lieu près de Flensbourg, sans donner de résultat.

Enfin le 23 août un armistice de trois mois fut conclu, grâce à la médiation de l'Angleterre et de la Suède. Les choses furent remises dans l'état où elles étaient avant la guerre, et les deux armées quittèrent les duchés. Ils devaient avoir un gouvernement de 5 membres, dont deux devaient être choisis par le Danemark et deux par le roi de Prusse, avec un président choisi

Page 1