NATIONALITÉ ALLEMANDE
vent se transformer du jour au lendemain, impatients de rétat présent^ demandant à la loi les réformes qui ne peuvent être que Tœuvre du temps^ et presque tous plus ou moins disposés à imposer par la force les théories discordantes et souvent erronées des diverses écoles.
Cette situation suffit pour faire comprendre l'insuccès de la tentative libérale de TAllemagne. Il n'y a de progrès possible dans les sociétés qu'à la condition de tenir grand compte de la situation intellectuelle des peuples et d'éviter avec soin de brusquer les aspirations du grand nombre. Les radicaux^ comme les réactionnaires, en refusant de se conformer à cette règle, ne pouvaient que précipiter leur patrie dans des convulsions sans fin.
L'objet principal du parlement étant de constituer l'unité allemande, il s'agissait avant tout de distinguer les diverses nationalités qui avaient été jusqu'alors confondues dans la Confédération germanique. C'était une rude épreuve pour le patriotisme allemand, et il faut avouer qu'il n'en sortit pas à son honneur. 11 se résigna bien, d'une manière assez équivoque, à reconnaître la nationalité des Polonais et des Hongrois^ mais il refusa formellement de reconnaître celle du Tyrol italien, et il serait bien téméraire d'affirmer que la passion qu'apporta l'assemblée dans la question du Scblesvsrig ait été simplement dictée par la justice. Pour soutenir ses prétentions, elle vota, dès le 14 juin^ avant la création d'une autorité centrale^ avant même d'avoir un budget^ une somme de 22 500 000 francs pour les premiers frais d'une marine allemande.
Cependant elle ne se faisait pas illusion sur les véri'-
tables dispositions des souverains. Le soin que plusieurs avaient pris de convoquer des constituantes particulières, sans attendre la constitution générale que devait voter l'assemblée de Francfort, indiquait assez clairement le secret espoir de mettre en opposition les parlements particuliers avec le parlement national. Pour prévenir ce danger, en même temps que pour bien affirmer la souveraineté du peuple allemand^ rassemblée vota^ dès ses premières séances^ à la presque unanimité et au bruit des applaudissements prolongés, les conclusions suivantes, présentées par M. Werner, de Coblentz.
« L'assemblée nationale allemande, en qualité d'organe émané de la volonté et de Télection de la nation allemande pour fonder Tunité et la liberté politiques de TAllemagne^ déclare que toutes les dispositions contenues dans les constitutions d'États allemands particuliers, qui ne seront pas d'accord avec la constitution générale qu'elle aura décrétée, ne seront valables qu'après avoir été mises d'accord avec cette dernière. »
Mais avant tout, du moment qu'on rejetait la forme républicaine, il fallait un signe visible de Tunité allemande, un pouvoir central qui représentât devant l'Europe la grande patrie. Les difficultés étaient grandes. Nommer un directoire, un triumvirat, comme on le proposait, c'était perpétuer l'état d'antagonisme et préparer mille occasions de querelles; d'ailleurs il n'y avait là rien qui rappelât bien nettement l'unité. Choisir un seul chef n'était guère plus commode. Si l'on nommait l'empereur d'Autriche ou le roi de Prusse, on