‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 146 sur 178 · LE VICAIRE DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

LE VICAIRE DE L'EMPIRE

attachait nécessairement TAllemagne à la remorque d'une de ces deux puissances^ tout en lui suscitant rinimitié de Tautre. Choisir un prince sans puissance, c'était faire du pouvoir central de TAllemagne, du symbole de Tunité, la risée de l'Europe, et abîmer toutes les révolutions allemandes dans le ridicule. La question en somme était radicalement insoluble. On ne fait pas une république avec des rois, surtout quand il y en a deux qui dominent tous les autres et qui sont à peu près d'égale force. Cependant on se décida pour le dernier parti, au moins provisoirement On nomma vicaire de l'Empire Tarchiduc Jean d'Autriche, comptant que le mouvement libéral qui soulevait alors l'Allemagne suffirait à le soutenir contre la mauvaise volonté des souverains. C'était un calcul bien peu politique. On oubliait que si rien n'est persistant comme la haine des souverains contre tout ce qui menace leur omnipotence, rien n'est mobile et variable comme le libéralisme des multitudes. La Diète germanique dut cesser d'exister, et l'assemblée décida que le vicaire de TEmpire lui-même cesserait ses fonctions dès que la constitution allemande serait achevée.

Gièpendarit une grave question ne tarda pas à se présenter. L'Autriche, avec sa bigarrure d'États et de peuples divers, ne pouvait prétendre à les faire enlrer tous dans le cadre de la nationalité allemande. L'assemblée déclara qu'aucun État allemand ne pouvait faire un seul État avec des États non allemands. C'était imposer à l'Autriche l'obligation de réduire ses rapports avec la Hongrie, la Bohème, l'Italie, à ceux qui résultent de l'union purement personnelle. Elle s'y refusa, et dès

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jors la question se posa entre les partisans de la grande Allemagne, qui voulaient englober dans Tunité allemande tous les peuples unis sous le sceptre de rAutriche, et les partisans de la petite Allemagne^ qui ne voulaient admettre dans l'empire allemand que des Allemands. M. de Oagern, chargé de résoudre la difficulté^ la trancha contre TAutriehe, et proposa de rexclui*e tout entière de la Confédération. Cette proposition donna lieu à de longs et violents débats. Cependant l'assemblée finit par s'y ranger. C'était en effet la seule mesure logique^ mais en même temps la démonstration que rassemblée poursuivait une chimère. Dès lors en effets le parlement de Francfort se trouva livré sans contrepoids à Finfluence prussienne.

Cette situation était d'autant plus grave que le gou*vernement prussien, à ce moment méme^ était déjà entré dans la voie de la réaction. Appuyé sur Tarmée toujours irritée d'avoir été expulsée de Berlin^ il ne craignait plus de laisser voir sa haine contre les réformes qu'il avait acceptées. Une insurrection qui avait éclaté à Vienne le 6 octobre avait été violemment comprimée. Un soulèvement à Berlin, le 81 octobre, avait eu le môme sort, et les deux souverains, encoonigés par ces succès, faisaient cause commune contre la Révolution. Pour ne laisser aucun doute sur ses intentions, Frédéric-Guillaume choisit pour ministre M.Manteuffel, un homme d'État^d'avant le déluge, disait M. de Vincke qui n'était pourtant pas lui-même un révolutionnaire bien farouche. L'assemblée prussienne refusa de reconnaître ce nouveau ministère, et ce désaccord donna lieu à des scènes graves entre le roi et les membres de Tas-

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