INDÉCISION DU ROI DE PRUSSE
semblée, envoyés à Potsdam pour protester. Pour la punir, le roi déclara que la Constituante serait transportée à Brandebourg. L'assemblée refusa d'obéir. Le peuple prit parti pour ses représentants. Alors le roi, recourant sans détour à la violence^ mit Berlin en état de siégé, et sévit contre les révoltés. L'assemblée fut dissoute le 5 décembre 1848.
Tout cela mettait dans un grand embarras l'assemblée de Francfort, qui, depuis son vote du 27 novembre •^ contre l'Autriche, ne pouvait se dissimuler que le. chef du futur Empire d'Allemagne serait presque nécessairement le roi de Prusse. Aussi pour manifester sa défiance, décida-t-elle que la dignité impériale serait donnée à un des princes régnants, mais qu'elle ne serait pas héréditaire. Cependant Frédéric-Guillaume, qui ne voulait pas se rendre complètement impossible en heurtant trop directement l'opinion publique, avait octroyé une constitution dans laquelle il se disait roi par la grâce de Dieu, mais qui cependant était assez libérale. Tout citoyen âgé de trente ans et domicilié depuis un an était de droit électeur pour la seconde chambre. Sur la question de savoir s'il accepterait la dignité impériale, le ministère Brandebourg envoya à ses agents une circulaire assez indécise. Il y était dit que le roi préférerait à un empire unique une union d'États groupés autour de la Prusse, quelque chose comme un Zollverein politique. Cependant le roi ne refusait pas de se dévouer, si le parlement lui offrait la couronne. En somme il demandait à la fois la fédération et l'Empire, sans expliquer comment il serait possible de concilier ces deux solutions. Celte politique équivoque n'avait d'au-
tre but que de ménager à la fois le parlement et TAutriche, qui commençait à prendre une attitude menaçante. Celle-ci demandait un directoire de neuf membres, et protestait contre la décision qui l'avait exclue de l'unité allemande.
Cette protestation, appuyée par plusieurs États où la réaction avait pris le dessus, porta au comble Tirritation du parlement. Sous l'impression de ces sentiments, Welker, qui jusqu'alors s'était déclaré l'adversaire de rhégémonie prussienne et de Thérédité^ impériale, proposa, le 21 marsl8/i9,de déclarer TEmpire héréditaire, et d'y appeler aussitôt Frédéric-Guillaume. Cette proposition fut repoussée. Mais par un revirement qui parut d'abord inexplicable, six jours après, le 27 mars 1849, lors de la seconde lecture de la constitution, le parlement vota que la dignité impériale serait héréditaire dans la maison du prince qui serait choisi, et le lendemain, 28 mars, la couronne impériale fut offerte à Frédéric-Guillaume par 290 votants, contre 248 qui s'abstinrent.
Ce changement soudain était le résultat d'une entente secrète entre le parti prussien et les radicaux. Pour obtenir les voix de ces derniers, les partisans de Frédéric-Guillaume avaient sacrifié le veto absolu, abandonné le conseil d'Empire, qu'on voulait former de princes des maisons régnantes, et consenti au suffrage direct et universel.
La tactique de la gauche avait été assez habile ; sous prétexte de rendre possible l'élection du roi du Prusse, elle s'était fait faire des concessions qui devaient à la fois profiter à la liberté, et rendre inacceptable pour