‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 148 sur 178 · FRÉDÉRIG-GUILLAUME REFUSE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIG-GUILLAUME REFUSE L'EMPIRE

Frédéric-Guillaume FEmpire qu'on lui offrait. Mais elle n'avait pas vu que cette habileté rendrait impossible toute solution et frapperait de stérilité Tœuvre tout entière. Frédéric-Guillaume se trouva d'abord fort embarrassé. Il n'osait ni refuser, de peur de manquer une occasion qui pourrait ne plus se représenter, ni accepter, moitié par crainte de TAutriche, moitié parce que cet empire ainsi amoindri et démocratisé lui paraissait assez peu désirable. Cependant il ne pouvait farder à prendre un parti. L'Autriche irritée avait déclaré que le parlement de Francfort avait dépassé ses pouvoirs et elle rappela ses députés. Par contre, en Prusse, un membre de la deuxième chambre, qui avait été réunie le 26 février, somma ses collègues et le ministère de reconnaître la constitution qui venait d'être définitivement votée par l'assemblée de Francfort. En réponse, le vieux comte de Brandebourg lut un manifeste royal, par lequel Frédéric-Guillaume refusait sans explication la couronne impériale.

Cette explication fut donnée, en partie du moins, par un membre de la chambre qui devait plus tard jouer dans son pays un rôle considérable. M. de Bismark dit, en finissant un discours : « Je suis de la marche de Brandebourg, je suis du sol même où la monarchie prussienne a été bâtie et cimentée avec le sang de nos pères ; cette raison me suflSt pour ne pas vouloir que mon roi devienne le vassal de M. Simon . »

Malgré cette logique triomphante du futur ministre, la chambre donna ordre au ministère de reconnaître la constitution de Francfort, telle qu'elle était sortie de la deuxième lecture. Puis, par 177 voix contre 153

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elle ordonna la levée de Tétat de siège qui durait à Berlin depuis le 12 novembre I8/18, Le lendemain, 27 avril, rassemblée était dissoute^ et le 28 Frédéric- Guillaume refusait sans détour la couronnei protestait contre la Constitution et invitait les souverains à un congrès. Ce qui achève d'expliquer la conduite du roi de Prusse dans cette circonstance, c'est que son refus formel suivit seulement d'un jour la nouvelle de Tintervention des troupes russes en Hongrie. Il avait hésité tant qu'il avait vu TAutriche aux prises avec des difficultés qui pouvaient paraître insurmontables. Quand il la vit sauvée par Talliance du czar, il s'empressa d'obéir à ses conseils.

La plupart des gouvernements de l'Allemagne suivirent l'exemple de la Prusse. Ils refusèrent de se soumettre à la constitution de Francfort. De là des soulèvements qui éclatèrent avec violence dans le Hanovre, dans la Bavière rhénane, dans la Prusse rhénane, dans le Wurtemberg, dans la Saxe royale, dans le grandduché de Bade, dans la Hesse-Darmstadt. Le roi de Prusse, par haine de la liberté, envoya partout ses troupes combattre les gens qui se soulevaient pour défendre la Constitution qui lui donnait l'Empire. L'armée prussienne trouva là l'occasion de prendre amplement sa revanche de son échec de mars et de retremper l'honneur de ses armes dans le sang des Allemands soulevés pour défendre la loi. Ainsi échoua la première grande tentative libérale et unitaire de rAllemagne. Puisse du moins cette rude expérience lui apprendre le cas qu'elle doit faire de la parole de ses rois et la désabuser à jamais d'une confiance trop naïve I

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