FIN DU PARLEMENT ALLEMAND
A partir de ce jour, il n'est plus question de liberté en Europe, et nous allons assister à une longue et fas-* tidieuse série d'actes réactionnaires, contre lesquels Topinion publique, comprimée par la force, n*ose plus môme protester, et qui doivent ramener TAllemagne aux plus mauvais jours du despotisme monarchique. Il n'y a plus dès lors en Allemagne qu'une seule question, non plus celle de savoir qui l'emportera de la Révolution ou de Tabsolutisme, mais qui de TAutriche ou de la Prusse s'emparera de la prépondérance et absorbera la volonté nationale.
Le vicaire de TEmpire, méconnaissant sa mission ou comprenant sa faiblesse, refusa d'intervenir pour empocher la Prusse de mettre ses troupes au service des princes qui ne voulaient pas reconnaître la Constitution. Le ministère d'Empire donna sa démission, et rassemblée décida qu'elle se transporterait à Btuttgard, pour être plus près des pays qui s'étaient soulevés pour la défense de son œuvre. Mais la Prusse avait, dès le 14 mai, rappelé ses députés; un grand nombre d'autres avaient donné leur démission, reculant peu glorieusement devant les difficultés. Il ne s'en trouva que cent cinq qui eurent le courage de venir siéger à Stuttgard. Ils remplacèrent le pouvoir central par une régence. Mais le 18 juin le roi de Wurtemberg, s*associant à la réaction, fit arrêter un grand nombre de députés, et l'assemblée ne fut plus possible. Après quelques efforts pour se reconstituer à Gotha, puis à Hornau, le parlement allemand disparut, abandonné par l'Allemagne, qui l'avait acclamé avec tant d'enthousiasme une année auparavant. Mais le triomphe des réactions n'est jamais de
longue durée. Un grand exemple a été donné ; en dépit des princes, un jour ou Tautre, le parlement allemand se rouvrira, et rAliemagne unie ou confédéj'ée prendra dans la politique européenne la place que lui assigne sa situation géographique entre la France et la Russie. Ce grand résultat aurait été obtenu en' 1848 si la Prusse avait su prendre le rôle que les événements lui offraient. Que fallait-il pour cela? un peu de franchise et de décision. Supposez à la place de Frédéric-Guillaume lY un prince intelligent et libéral; il eût entrsdné à sa suite toute d'Allemagne, et la Prusse eùi donné aux politiques rétrogrades la leçon qui leur est venue plus tard du Piémont. La monarchie prussienne présente dans l'histoire un caractère singulier et qui n'appartient qu'à elle. C'est un mélange d'ambition et de pusillanimité, de tendances libérales et de retours en arrière, qui tient au désaccord qui existe entre son principe et son but. Par son principe, elle est absolue ; elle prétend relever du droit divin, et elle est soutenue dans ces prétentions gothiques par une noblesse qui est peut-être la moins éclairée et la plus rétrograde de tout le continent. Ce principe lui impose l'obligation de maintenir en toutes choses les vieux errements, les antiques traditions. Par nécessité logique, elle ne veut rien céder de ce qu'elle considère comme ses droits, et elle prétend étendre sa tyrannie sur toutes les manifestations de la conscience politique et religieuse du peuple. Par là elle se trouve en parfait accord avec la Russie, avec rAutriche, et fait cause commune avec les rois absolus contre toutes les tentatives libérales. Mais en même temps, par sa position géographique et