‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 150 sur 178 · SITUATION DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

SITUATION DE LA PRUSSE

politique en face de TAutriche, par la logique de son ambition qui la pousse à se débarrasser de la tutelle, ou plutôt de la suprématie que celle-ci prétend exercer sur elle, par la nécessité où elle se trouve, pour atteindre ce but, de ménager Topinion publique en Allemagne et de s'attacher les peuples, elle est forcément révolutionnaire et libérale. Cette contradiction éclate dans la conduite de tous les rois de Prusse^ par des alternatives perpétuelles de hardiesses et de défaillances. Malheusèment pour la Prusse comme pour toute TAllemagne, les hardiesses libérales ne se manifestent que par accident, lorsque qtielque circonstance particulière semble solliciter Tambition des princes, tandis que les principes rétrogrades constituent le fond même de leur pensée. Libéraux par occasion, ils sont réactionnaires par nature. Quant au peuple de Prusse, il se laisse ballotter entre deux courants qui ne s'accordent pas toujours : le désir de la liberté et la passion de Tunité. Sa faiblesse, c'est ce patriotisme grossier, qui se repaît d'annexions et qui mesure au mètre la grandeur des nations. C'est par là qu'il offre une prise facile à ses rois, qui ne songent qu'à lui faire prendre l'ombre pour la proie. Quand il parle de liberté, il suffit pour détourner ses regards de faire miroiter à ses yeux les rêves de l'orgueil national, et je crois bien que, si on lui donnait le choix, il préférerait l'unité, qui lui permettrait de rêver conquêtes et gloire militaire, à la liberté qui n'assure que la dignité et la grandeur morale. Voilà le résultat de cette émulation belliqueuse qui possède tous les peuples en Europe, depuis les folies de Louis XIV et de Napoléon. Vouloir toujours être le plus fort, étaler

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insolemment sa puissance, écraser les plu^ faibles ou leur faire dévorer toutes les humiliations^ voilà ce que nous avons appris à l'Europe. En disciple docile^ elle a parfaitement retenu la leçon^ rÂUemagne surtout^ à qui nous Tavons répétée si souvent; et maintenant, pour nous imiter^ elle ne songe plus qu'à nous abattre à ses pieds^ qu'à nous écraser.

Du reste, pour Frédéric-Guillaume IV, cette poursuite de l'unité n'était pas seulement une tactique pour détourner l'esprit du peuple des idées de liberté^ c'était aussi en lui une sorte de passion, et les mémoires de son ministre et ami^ le général Radov^itz, nous montrent clairement que c'a été là le but de toute sa vie. Mais pour y parvenir, tantôt c'est l'occasion qui lui a manqué, tantôt et plus souvent la décision et la hardiesse. Ce qui l'a effrayé en 18/i8 et ce qui Ta empêché d'accepter la couronne impériale, c'était surtout cet importun mélange de libéralisme qu'il eût fallu subir; c'était aussi la crainte de TAutriche, qui voyant l'influence suprême près de passer à la Prusse, fit les derniers efforts pour détourner ce danger. Frédéric-Guillaume avait cédé à ses instances menaçantes, mais cependant il ne pouvait renoncer à l'espoir de mettre la Prusse à la tôte de TAUemagne. Pour reconstituer l'unité sur une base plus monarchique, il conclut avec les rois de Saxe et de Hanovre le traité des trois rois, dont le but déclaré était de veiller à la sécurité intérieure et extérieure de TAllemagne. En conséquence de ce traité, un conseil d'administration fédéral, composé de cinq membres, dut siéger à Berlin. Aussitôt l'Autriche intervint. Une entrevue des souverains d'Autriche, de

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