‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 151 sur 178 · TRIOMPHE DK LA REACTION · texte numérisé non relu

TRIOMPHE DK LA REACTION

Pruss^ et de Saxe, eut lieu à Pilnitz, le 7 septembre 18^9 ; il y fut décidé qu'il serait formé une commission d'Empire^ composée de deux membres prussiens et de deux membres autrichiens, pour remplacer le pouvoir central actuel. L'archiduc Jean^ abandonné à la fois par la démocratie et par les rois, remit le 20 dé* cembre ses pouvoirs à cette commission.

Les efforts de la Prusse se trouvaient donc encore déjoués. Pour prendre sa revanche, Frédéric-Guillaume fit décider par le conseil d'administration fédéral, siégeant à Berlin, la convocation d'un nouveau parlement allemand à Erfurth, ville prussienne. La Saxe, le Hanovre, la Russie, entraînés par les intrigues de TÂutriche, voulurent s'y opposer, mais vingt-sept gouvernements allemands avaient adhéré au traité des trois rois, et s'étaient déclarés en faveur du nouveau projet de parlement. L'opposition de l'Autriche se trouvait donc à son tour frappée d'impuissance, et la Prusse paraissait triompher.

La situation de l'Allemagne, et de la Prusse en partie culier, à ce moment, est curieuse et instructive à étudier. De toutes les causes d'embarras, la plus grave aux yeux des gouvernements est à peu près disparue ; je veux parler des revendications libérales. Sauf quelques éclairs et quelques restes d'orage dans les années 1850 et 1851, tout danger semble écarté de ce côté et la réaction triomphe pleinement. Elle triomphe même au point d'inquiéter le gouvernement, et de forcer le ministre Manteuffel, l'homme d'avant le déluge, à défendre quelques-unes des institutions constitutionnelles. Les hobereaux^ conduits par MM. de Gerlach, de Dohna,

Stahl, ne rêvent que retour au passé, rétablissement de tous les droits et privilèges féodaux, suppression des institutions parlementaires. Ils sont plus royalistes que le roi;, et si Ton ne modérait quelque peu leur fougue, ils se jetteraient dans la contre-révolution avec tant de violence, qu'ils parviendraient peut-être à ressusciter les aspirations libérales. Aussi le roi, malgré sa haine bien connue pour la Révolution, malgré Texécration qu'il lui a vouée depuis le jour où elle a osé porter la main sur son pouvoir absolu, et qu'elle Ta forcé à jurer et à mentir à la face du monde, s'efforce-t-il de lui faire comprendre le danger d'une allure trop précipitée; mais plus d'une fois ses efforts mêmes sont impuissants à refréner les emportements réactionnaires de ces modérés. Eux-mêmes ne tardent pas à se fractionner en partis divers, tous d'accord avec le gouvernement sur le but à atteindre, lequel est simplement la suppres>ion de toutes les institutions et, si faire se peut, de tous les souvenirs révolutionnaires, mais qui diffèrent sur les questions de moyens et d'opportunité. Voilà à quels gens l'avenir de la Prusse sera remis jusqu'en 1858, c'est-à-dire jusqu'à la fin du règne effectif de Frédéric- Guillaume IV. Il me paraît inutile et fastidieux de suivre dans ses évolutions et ses intrigues la marche de cette camarilla toute-puissante qui domine le roi, en exagérant ses passions, et qui lui arrache à chaque instant le démenti de ses propres paroles. On n'a pas encore oublié le spectacle singulier qu'offrirent les dernières années de ce règne, le roi s'amusant à combiner des constitutions et des lois à moitié libérales, qu'il faisait ensuite combattre par ses ministres et ses agents devant

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