ROLE DE LA BOURGEOISIE
les chambres prussiennes et au parlement d'Erfurth, pour n'en laisser que les dispositions rétrogrades, et refusant d'appliquer celles de ses propres propositions, qu'il n'avait pu parvenir à faire ainsi rejeter. Était-ce un jeu ou un calcul pour se donner les avantages du libéralisme sans en courir les dangers? Ou plutôt ne serait-ce pas déjà le commencement de cette triste maladie qui devait plus tard frapper cette intelligence fantasque et indécise ?
Mais comment se fait-il que la Prusse, si ardente, si passionnée pour la liberté en 1848, se soit ainsi affaissée, au point de laisser toutes les affaires aux mains d'une réaction effrénée et inintelligente, au point que les constitutionnels eux-mêmes, le plus modéré des partis libéraux, renoncent pour la plupart à se présenter aux élections? L'explication de ce fait étrange est la même en Prusse que dans tout le reste de l'Europe. Les classes moyennes et avaient cru voir dans la révolution de I8/48 l'avènement définitif des idées libérales et constitutionnelles, et tant qu'elles ont gardé cette illusion, elles Pont soutenue par tous les moyens dont elles disposaient. De là cette puissance d'opinion qui a forcé tous les gouvernements à s'incliner devant elle. Mais quand elles ont vu qu'il s'agissait de tout autre chose, qu'à leur suite se levait la grande multitude des prolétaires, etqu*à la révolution libérale s'ajouterait la révolution sociale, alors elles ont été frappées de terreur, et elles se sont efforcées de refouler ces nouveaux venus, comme les gouvernements s'efforçaient de kîs refouler elles-mêmes. Plutôt que d'admettre les prétentions qui se dressaient derrière elles et de tendre
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la main aux déshérités^ elles ont mieux aimé renoncer à leurs propres prétentions^ et elles ont laissé les gouvernements fouler aux pieds les constitutions» pourvu que du même coup ils fissent rentrer dans Vordre Finsurrection sociale. La révolution, ainsi divisée contre elle^mème^ a livré la victoire à ses ennemis^ et les rois, appuyés sur cette sorte de coalition plus ou moins latente^ n'ont pas eu de peine à rentrer dans la plénitude de leur pouvoir.
Mais nulle part peut-être cet abandon de Topinion libérale ne fut plus complet et plus fécond en conséquences désastreuses qu'en Prusse. La Prusse, en effet, doit la plus grande partie de sa puissance à ce rôle de représentante du progrès que lui impose sa situation en face de TAutriche. Une fois privée de cette force, on peut dire qu'elle retombe presque nécessairement au rang de puissance secondaire. Du moment que Tappui de Topinion publique des petits États de TÂUemagne lui fit défaut, elle se trouva seule contre TAutriche, soutenue par tous les gouvernements réactionnaires. C'est ce qui éclata d'une manière bien significative dans les efforts que fit le roi de Prusse pour reconstituer à son profit, et en dehors des idées libérales, Tunité allemande. Il eut beau conclure des traités avec quelques États allemands pour organiser Vunion restreinte^ dont il espérait faire le noyau d'un nouvel empire; il eut beau agiter l'opinion en convoquant le parlement allemand à Erfurth, et se mettre en avant pour soutenir les prétentions de l'Allernagne sur les duchés, partout il échoua devant l'opposition de TAutriche. Dès que le mouvement d'opinion qui avait précédemment soi|*>