CARACTÈRE DU UBÉRAUSME PRUSSIEN
triche^ c'est la sotte présomption du prince Scbwartzen berg qui a triuisformé Tespril des hommes du Nord, qui a cbang#>èn désira de vengeance les aspirations unitaires, qui a fait prédominer en Prusse le patriotisme prussien sur le patriotisme allemand» qui Ta amené à remplacer la propagande pacifique des idées et des intérêts par la propagande des baïonnettes^ et à substituer au sentinient de solidarité et de fraternité le procédé brutal des annexions à main armée. Voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue, si l'on veut se faire une idée nette des événements qui nous restent à raconter, si Ton tient à comprendre l'influence du comte de Bismark et ces transformations^ en apparence si singulières, des hommes du parti libéral de Prusse en preneurs de la prussificalimi violenté de TAllemagne.
C'est que, en réalité, ce parti soi-disant libéral ne représentait nullement ce que nous entendons ici par ce mot. La liberté, sans lui être indifférente^ n'était cependant qu'au aecond rang dans ses préoccupations ; de là son acharnement contre le Danemark^ sa haine contre la diète, qui représentait surtout l'influence autrichienne, sa longue opposition au gouvernement prussien, qui lui refusait les libertés constitutionnelles sans rien faire ostensiblement qui donnât satisfaction à ses rancunes nationales. On peut dire qu'il se trouvait à peu près dans la même situation que le parti libéral en France après la Restauration. Celui-ci^ en effets corn battait moins les Bourbons pour leurs tendances réactionnaires que par haine de leur origine. Ce qu'il poursuivait en eux^ c'était surtout le souvenir de l'invasion étrangère qui les avait remis sur le trône. L'humiliation
^^à GUILLAUME I".
de la France tenait dans leur opposition bien plus de place que le véritable désir de la liberté|,et je suis convaincu que si, à cette époque, Louis xV|]!lx)u CbarlesX avaient, par une guerre heureuse, repris les frontières du Rhin, nos pères nous auraient donné un exemple assez analogue à ce que nous voyons en ce moment se produire en Prusse. Quelques-uns sans doute fussent restés fidèles au culte de la liberté, mais la grande majorité, le gros de la nation, délivré du poids d'humiliation qui pesait sur les âmes, aurait oublié pour un temps ses revendications libérales, et aurait salué avec enthousiasme la réhabilitation des armes françaises. Je ne voudrais pas même jurer que, aujourd'hui encore, plus d'un de ceux qui se croient le plus sincèrement libéraux ne fût tout prêt à sacrifier ses rêves de liberté à quelque rectification de frontières du même genre. Je veux bien cro re que le nombre n'en serait pas grand, mais cela tient uniquement à ce que le souvenir de nos humiliations est déjà loin de nous, et que plusieurs guerres heureuses Tout en grande partie efi^acé. Mais la Prusse de 1860 n'avait aucune consolation de ce genre, et rien ne pouvait encore lui faire espérer que la honte de la prépondérance injurieuse de l'Autriche fut si près de sa fin. Tous les peuples ont, dans leur histoire, traversé des époques de ce genre, et il est bon de se le rappeler avant d'accuser trop aigrement les autres.
Guillaume P"" semble avoir eu, dès les premiers jours de sa régence, un vague sentiment de cette situation. Dans le discours qu'il prononça en prenant définitivement possession des affaires, il y fit plusieurs allusions. Il déclara que «la Prusse devait faire des conquêtes