‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 159 sur 178 · LA PASSION DE LA FORCE · texte numérisé non relu

LA PASSION DE LA FORCE

morales en Allemagne», il accentua nettement son opposition à la diète, et fit entrevoir que le gouvernement prussien ne prétendait pas rester éternellement soumis à la suprématie de TAutriche. C'en fut assez pour que le peuple prussien crût, dès ce jour, entrevoir Taurore d'une «ère nouvelle», bien que le discours du régent ne dissimulât pas ses défiances à Tégard de la liberté, sa haine de toute révolution, et ses préférences pour quelques-unes au moins des théories du parti féodal. L'espoir de voir relever la Prusse de son abaissement faisait oublier tout le reste. On semblait même ne pas voir que, en somme, le plus sûr moyen de rétablir Tinfluence de la Prusse sur TAUemagne eût été de donner aux peuples et aux gouvernements l'exemple de la liberté; qu'une fois entrée dans cette voie, elle n'aurait pas tardé t\ attirer vers elle tous les regards et tous les vœux, et que dès lors elle n'aurait plus rien eu à craindre de Topposition de l'Autriche. Les moyens pacifiques sont toujours trop lents au gré des multitudes, enivrées du prestige de la force. D'ailleurs, le régent se défiait trop dç la liberté pour songer à gouverner par elle. Imbu, comme son frère et comme toute sa race, du préjugé du droit divin, ainsi qu'il devait bientôt le déclarer si hautement dans le discours qu'il prononça en 1861 à Kœnigsberg, lors de la cérémonie du couronnement, il ne pouvait comprendre cette puissance attractive de la liberté, qu'il confondait avec l'anarchie. Il était donc fatalement condamné à s*appuyer uniquement sur les aspirations unitaires. Mais cette force môme pouvait lui manquer, et il est bien certain qu'à ce moment il ne savait guère par quels moyens il soutiendrait le rôle

qu'il semblait avoir embrassé dès le premier jour. Ne voulant pas essayer de faire Tunité par la liberté, il ne pouvait pas non plus songer à la faire parla force, car sa superstition du droit divin était sincère, et il eût alors considéré comme un crime la seule pensée de dépouiller de leur titre les rois et les princes ses voisins. Il le montra bien clairement lors de la guerre d'Italie.

La tentation fut alors grande pour lui de profiter de Toccasion pour rendre à la Prusse, dans la politique eu* ropéenne, la place qu'elle avait perdue; les haines d'une partie du peuple pour la France le poussaient à se déclarer contre elle. Peut-être même se serait-il décidé plus rapidement s'il avait prévu que la Révolution devait chasser de la Péninsule les petits princes qui l'opprimaient. On peut le croire du moins si Ton en juge par l'indignation que lui inspirèrent ces violations du droit divin. Mais, d'un autre côté, la haine de l'Autriche et une secrète joie de la voir aux prises avec des difficultés qui devaient, en diminuant sa puissance, venger en partie la Prusse des humiliations qu'elle en avait reçues, imprimèrent à ses préparatifs de guerre une lenteur qui ne lui permit pas d'arriver à temps sur le champ de bataille. De même que son frère et son père, le régent montra dans celte occasion cet esprit irrésolu et indécis, qui semble être héréditaire dans cette famille, et qui a fait perdre à la Prusse tant d'occasions favorables. Comment, avec ce défaut capital dans un homme politique et surtout dans un souverain, était-il possible qu'il pût prétendre au rôle de régénérateur de la Prusse ?

Mais ce qui lui manquait de ce côté, il le trouva dans

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