DISGRACE D£ HERTZBERG
Marie-Antoinette, de ne pas laisser impuni un pareil exemple de rébellion.
Léopold en était tout aussi convaincu que Frédéric- Guillaume, mais il se serait bien gardé de le laisser paraître aussi manifestement C'eût été perdre ravajitage que lui donnait la démarche du roi de Prusse. 11 se contenta de lui faire répondre qu'il ne pourrait être question de la conduite à tenir à Tégard de la France, que quand on aurait d'abord terminé les négociations pendantes; puis il lui fit insinuer que Hertzberg sacrifiait les véritables intérêts de la Prusse à des chimères ; que Frédéric II lui-même s'était plus d'une fois repenti de s'être trop laissé aller à son ambition; qu'il ne fallait pas trop compter sur Talliance anglaise, qui n'était unie à la Prusse par aucun intérêt permanent; que les Turcs pouvaient être forcés de faire la paix d'un moment à l'autre, et que par suite du beau plan de Hertzberg, la Prusse pourrait se trouver dans la nécessité de combattre à la fois l'Autriche et la Russie. Telle fut à peu près la réponse que Spielmann, agent secret du prince de Kaunitz, fut chargé de porter mystérieusement à Bischofswerder. C'était assez clair pour être compris même de Frédéric-Guillaume, et il se promit d'agir en conséquence. Cependant il n*osa pas mettre immédiatement son ministre à la retraite. On prit un biais pour l'y préparer, ce fut de poursuivre les négociations et de conclure la paix sans lui* On lui présenta à signer des articles préliminaires dont on ne lui avait pas même donné connaissance, et qui ne laissaient à la Prusse que le regret d'avoir dépensé en pure perte un riche trésor à de vaines démonstrations militaires, sans obtenir
même en compensation la gloire d'une intervention désintéressée.
La convention définitive fut signée le 15 août 1790.
L'Empereur s'engageait : l"" à faire au sultan des ouvertures pacifiques; 2° à donner à la Prusse l'équivalent des cessions que la Turquie pourrait lui faire; 3" à ne plus prêter aucun secours à la Russie^ si elle refusait de mettre fin à la guerre.
De son côté^ le roi de Prusse s'engageait à voter pour Léopold dans la prochaine élection du roi des Romains et à Taider à étouffer la révolte des Belges. Dix-huit jours après, un traité était conclu à Vérela entre Catherine et Gustave IIF de Suède, et Frédéric-Guillaume put concevoir Tespérance de mener l'Europe entière à l'assaut de la Révolution.
Hertzberg aurait voulu qu'on laissât la France s'arranger à sa guise, et qu'on ne s'amusât pas inutilement à provoquer a l'hydre des révolutions » . Mais ce ministre n'avait plus guère d'influence et le roi ne manquait guère l'occasion de le lui faire sentir. Le 1" mai 1791 parut une ordonnance qui donnait pour assesseurs au comte de Finkenstein, à cause de son grand âge, et à Hertzberg, à cause de son état maladif, deux nouveaux ministres, les comtes de Schulenbourg-Kehnert et de Alvensleben.
Trois jours plus tard, la diète polonaise, attribuant à sa Constitution toutes les calamités qui depuis un demi-siècle avaient fondu sur la Pologne, mit en délibération la question de la transformer et de remplacer la monarchie élective par la monarchie héréditaire, avec une représentation du peuple. C'était supprimer