POLITIQUE DE LA PRUSSE
ration ; c'était plus qu'il n'en fallait pour démontrer que la Prusse ne prétendait pas rester indéfiniment dans la situation que lui avait faite la convention d'Olmûtz. Mais si ses rancunes contre TAutriche étaient évidentes, celle-ci croyait cependant que, soutenue comme elle était par les principaux États secondaires, elle n'avait pas grand 'chose à craindre. Sans affecter à regard de la Prusse des allures aussi provocatrices que celles du prince de Schwartzenberg, elle s'appliquait cependant à conserver dans ses rapports avec elle un ton de supériorité qui n'était guère moins blessant. Une partie de la presse autrichienne, suivant ou dépassant l'exemple de son gouvernement, semblait traiter la Prusse en vassale révoltée. Cependant on ne croyait pas qu'un conflit dût éclater. L'hostilité persistante de la chambre et du cabinet prussien paraissait condamner le roi Guillaume à l'impuissance, et entretenait dans ses ennemis une illusion qui ne devait pas tarder à leur être funeste.
Lorsque l'exécution fédérale eut été décidée par . la diète contre le Danemark, la Prusse s'empressa de profiler de cette occasion de manifester son dévouement aux intérêts de l'Allemagne. En se mettant au service des ambitions allemandes, le gouvernement prussien pouvait espérer de regagner sa popularité ; il y trouvait en même temps l'avantage d'une utile diversion aux difficultés intérieures au milieu desquelles il se débattait depuis plusieurs années, en même temps que celui de faire reparaître sur les champs de bataille son armée dont le prestige avait singulièrement souffert des hésitations des gouverne-
monts précédenls. Pour M. de Bismark, on peut croire qu'il entrevoyait avec joie la possibilité d'engager peutêtre définitivement le roi dans la lutte qu^il appelait et préparait depuis 1859. Quant aux populations germaniques, leur concours était assuré à quiconque pren* drait en main la défense de la causé que Trimbition de leur patriotisme leur faisait considérer comme celle même du droit et de la race allemande.
Aussi l'Autriche, ne voulant pas laisser à la Prusse le bénéfice de- cette initiative, et tenant à paraître garder la haute main dans toutes les questions qui intéressaient la Confédération , s*empressa4-elle de mettre ses troupes à la disposition de la Diète, et de marcher contre le Danemark, de concert avec Tarmée prussienne ^ Bien des gens s'étonnèrent de cet accord, croyant y voir une tentative de réconciliation enlre les deux puissances rivales, tandis que ce n'était en réalité qu'une preuve de plus de leur hostilité. L'Autriche trouvait à cette alliance l'avantage de surveiller de plus •près son ennemie, de lui arracher ou de partager le fruit de la victoire, et peut-être de lui imposer une fois de plus sa volonté; la Prusse, en s^y prêtant, songeait surtout à intimider par cet accord les puissances occidentales, qui semblaient vouloir intervenir dans le débat.
Mais la victoire remit aux prises les deux alliés de la veille. Les petits États, aigris par ^attitude hautaine du gouvernement prussien, qui avait exigé l'évacuation du Holstein par les troupes saxonnes et hanovriennes, chargées primitivement de l'exécution fédérale, s'appliquèrent à raviver la haine de l'Autriche pour la
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Prusse ; ils y réussirent pleinement et sans beaucoup de peine. L'administration commune des duchés de TËlbe par des commissaires prussiens et autrichiens, qui ne s'entendaient sur aucun point, fit naître entre les deux gouvernements une foule de conflits qui menacèrent de dégénérer, dès 1865, en hostilités ou^ vertes. La Prusse^ qui n'était pas prête à entrer en campagne, les prévint par la conclusion du traité de Gastein, qui divisait provisoirement l'administration des duchés^ donnant le Holstein à l'Autriche^ le Schleswig à la Prusse. Mais ce qu'il y eut de plus surprenant dans ce traité, c'est que l'Autriche cédait à la Prusse^ moyennant une indemnité pécuniaire, la possession du Lauenbourg. Il n'était pas possible de déclarer plus formellement k l'Allemagne que, en se chargeant de ses intérêts, la Prusse et l'Autriche n'avaient prétendu servir qu'elles-mêmes, et qu'elles considéraient les duchés comme de simples conquêtes.
Mais cette complicité n'engendra pas l'accord. La querelle finit même par s'envenimer au point que, à la fin de janvier 1866, M. de Bismark déclara que la Prusse devait songer à ses intérêts et conserver l'entière liberté de prendre des décisions et de former des alliances, dans le cas où l'Autriche persisterait à soulever des difficultés. L'Autriche vit dans cette déclaration ce qui y était en effet, une menace de guerre et une indication de projets d'alliance avec l'Italie ; et pour
ne pas être surprise, elle commença dès la première moitié du mois de mars à armer secrètement et à agir auprès des États de la Gonfération pour s'assurer leur appui.
Cette question de la priorité des armements a été fort controversée, et pour mon compte je n'ai pas de renseignements assez positifs pour affirmer absolument que TAutriche ait pris Tinitiative. Mais au fond, cela importe peu. 11 est bien certain que, depuis la convention d'Olmûtz, le peuple prussien ne songeait qu'à prendre sa revanche contre TAutriche et que le gouvernement avait toujours agi comme en prévision d'une lutte prochaine. Depuis 1859, depuis 1862 surtout, on peut dire que la Prusse armait continuellement contre TAulriche, et que c'est précisément poOr cela, qu au moment décisif elle s'est trouvée assez préparée pour n'avoir pas eu besoin de commencer la première la mobilisation de ses troupes.
Cependant l'Autriche qui, tout en se croyant sûre de la victoire, voulait se donner les apparences de la modération, proposa le 26 avril à la Prusse de soumettre la question des duchés à la diète et d'en laisser la souveraineté au prince d'Augustenbourg. La Prusse refusa de reconnaître la compétence de la diète, considérant la question, non comme fédérale, mais comme internationale; mais en même temps, elle rappela de nouveau qu'il serait très-facile de la résoudre d'accord avec l'Autriche, par une réforme générale de la Confédération, telle qu'elle l'avait déjà proposée le 9 avril k la diète, en lui demandant de convoquer dans le plus bref délai un parlement allemand. C'eût été exclure