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sans réflexion. » Cependant il n'osa pas faire d'éclat sur le moment. On a même affirmé que la phrase sur la subversion de Paris fut ajoutée, à son insu, sur le manuscrit, après quMleut donné sa signature^ et que quand on lui apporta un exemplaire imprimé du manifeste portant cette addition^ il le déchira avec colère, mais sans oser encore se décider à le désavouer publiquement.
L'efiet de ce manifeste fut^ comme il était facile de le prévoir, désastreux pour Louis XVf et pour les alliés. Si Tempereur et le roi de Prusse avaient eu Tun et l'autre un peu plus de bon sens, ils auraient compris qu'une pareille insulte jetée à la face d'une nation devait non-seulement exaspérer les révolutionnaires, mais soulever d'indignation tous les hommes animés de l'amour de la patrie et soucieux de l'honneur national. Il fallait, pour se promettre un effet utile d'une pareille pièce, s'imaginer que la France était décidée à se mettre elle-même au ban des nations et à se laisser traîner dans la boue. On a peine à se figurer un semblable aveuglement en face d'un peuple emporté par une fièvre d'enthousiasme comme celle qu'avait allumée dans les cœurs les grandes scènes et les principes de la Révolution. C'était vouloir rendre le roi à jamais impossible. Aussi^ de ce jour, sa déchéance fût-elle inévitable. Tout innocent qu'il eût pu étre^ l'homme qui avait été l'occasion d'une telle insulte se trouvait condamné à ne rappeler que des souvenirs de haine et de colère. C'était plus qu'il n'en fallait pour qu'il ne dût plus remonter sur le trône.
Le langage des alliés était d'autant plus inconcevable,
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qu'ils ne pouvaient ignorer ce qui venait de se passer à Paris. Les premiers engagements sur les frontières de la Flandre et du Hainaut ayant été malheureux pour les Français, l'Assemblée nationale^ résolue à opposer une résistance énergique à Tinvasion menaçante de la coalition y avait décrété une levée de ^50 000 hommes et avait déclaré la patrie en danger. Les représentant» de la nation, les municipalités, les conseils de district et de département siégeaient en permanence^ au bruit du canon d'alarme^ tiré d'heure en heure pour que nul ne put oublier un seul instant le péril commun; toutes les gardes nationales étaient sur pied, et au milieu des places publiques étaient dressées des estrades^ où, sous les regards de leurs concitoyens, ve« naient s'inscrire les volontaires. Il s'en était présenté jusqu'à 15 000 en un jour. Nous n'avons pas à raconter ici toutes ces scènes grandioses qui remplissent nos histoires de la Révolution ; il suffit de se les rappeler pour comprendre avec quelle fureur dlndigna tion dut être reçu à Paris le manifeste de la coalition.
Mais les alliés ne voulaient rien comprendre. Ils ne* songeaient qu'aux premiers échecs subis par les Fran* çais, et ils étaient aveuglés par la même présomption, qui, vers la fin de mai, poussait Bischofswerder, le favori du roi de Prusse, à écrire à Massenbach : «N'ache-i tez pas trop de chevaux^ la comédie ne sera pas longue. Les fumées de la liberté se dissipent déjà à Paris^^ l'armée des avocats est solidement battue dans les Pays-Bas; nous serons de retour chez nous- à l'automne, n
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Il est vrai que les alliés avaient <le8 forces bien supérieures ; 222 000 hommes de troupes bien exer* cées; contre 16/i 000 dont la plupart savaient à peine manier un fusil. Mais Tenthousiasme de la liberté compensait tout le reste, et inspirait à la nation un coanigè indomptable que les revers ne faisaient qû*exaspérer.
Ainsi la perte de Longwy n'a peut-être pas été pour peu de chose dans les succès qui suivirent. Les bourgeois, affolés par la crainte d'un bombardement, avaient sommé le commandant Lavergne de se rendre. Celui-ci ne demandait pas mieux^ et une lettre trouvée dans ses papiers permet de croire & une trahison. La nouvelle de cet échec, loin d'abattre les courages, fit éclater partout la plus violente indignation. L'Assemblée nationale publia une proclamation en ces termes : «Citoyens, la place de Longwy vient d*être rendue ou livrée ! Les ennemis s'avancent. Peut-être se flattent-ils de trouver partout des lâches ou des traîtres. Us se trompent^ .. La patrie vous appelle. Partez. »
En même temps elle décrétait que tout citoyen qui, dans une ville assiégée, parlerait de se rendre, serait puni de mort. Lorsqu'on lut à rassemblée un rapport des officiers, sous-officiers et soldats du 3^ bataillon des Ardennes, qui, après avoir énuméré les causes qui rendaient impossible la défense de Longwy, se terminait en disant :« Dans de pareilles circonstances, que pouvait-on faire ?» — Mourir ! répondaient spontané-^ ment plusieurs voix.
On décida que Longwy serait rasé ; que ses habitants seraient,, pendant dix ans, privés des droits de
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citoyens français; que les commandants des places assiégées pourraient désormais faire démolir la maison de quiconque parlerait de se rendre pour éviter un bombardement.
Et ce n'est pas tout Pour avoir une idée des avantages de la France dans la lutte qui allait s'ouvrir, il ne suffit pas de considérer cet héroïsme croissant avec les dangers; il faut se rappeler aussi que, si les rois pouvaient considérer la Révolution comme la dernière des abominations^ les sentiments des peuples étaient bien différents. Ceux-ci n'avaient pas oublié que^ après la déclaration de Pilnitz par Fempereur d'Autriche et le roi de Prusse^ TÂssemblée législative avait écrit à Louis XVI : « Dites-leur que si les princes d'Allemagne continuent de favoriser les préparatifs dirigés, contre les Français^ les Français porteront chez eiax^ non pas le fer et la flamme, mais la liberté I C'est à eux de calculer quelles peuvent être les suites de ce réveil des nations»; que^ plus tard^ Merlin de Thionville avait dit : « Votons la guerre aux rois et la paix aux nations»; que dans le décret de déclaration de guerre à Léopold^ on lisait : « UAssemblée nationale déclare que la nation française, fidèle aux principes, consacrés par sa constitution, de n'entreprendre au-^ cune guerre dans la vue de faire des conquêtes et dé n'employer jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple, ne prend les armes que pour la défense de sa liberté et de son indépendance » ; qu'enfin , au milieu des troubles et des embarras les plus graves, la Révolution donnait le titre de citoyens français à tous les hommes, de quelque pays qu'ils fussent,