‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 22 sur 178 · CAMPAGNE DE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE

qui avaieDt rendu des services éclatants à l'humanité (1). Pouvait-on regarder comme ennemie une nation qui s'annonçait comme la libératrice du genre humain 1

Une autre cause considérable de la défaite de la coalition fut la connaissance qu'on avait en France du peu d'accord qui régnait entre les princes alliés. Dumouriez avait proposé en 1792 un plan général de politique^ qui fut adopté et suivi par les divers gouvernements de la Révolution* Il consistait à bien distinguer les intérêts du corps germanique et de la Prusse de ceux de rAutriche, et à ménager soigneusement ceux des deux premiers^ ennemis naturels de la dernière^ afin d'isoler l'Autriche^ incapable de résister par elle seule.

Je n'entreprendrai pas de raconter les campagnes de 1793^ 179S et il9Uj dont le détail m'entraînerait trop loin, et dont le résumé, borné aux seules opérations de l'armée prussienne^ présenterait peu d'intérêt. Ceux qui aiment les descriptions de bataille n'ont qu'à lire VBîsioire de la Révolution de M. Thiers. Pour moi, je crois que l'histoire a autre chose à faire que de raconter des mouvements stratégiques et de dépeindre des massacres plus ou moins horribles.

Les troupes prussiennes, après avoir réussi à tromper Dumouriez et à forcer les défilés de l'Argonne, étaient venues se faire battre à Yalmy (20 septembre 1792).

(I) Tels que PriesUey, Paine^ Bentbam^ Wilberforce^ Clarkson^ Maddntoscb, David Williams, Gorani, Anacharsis GlcbtE, GorneiUe Paw, Pestalozzi, Washington, Hamilton, Maddisson, Rlopstock, Gilleen, Kotchissko, etc.

5» FRËDERlC-GlIILLAUMË tî.

Ëpuisëes par les maladies^ par les privations^ elles furent obligées de faire une retraite désastreuse au milieu de pluies continuelles^ et de boues profondes^ « une mer rouge... de boue », disait Goethe qui y assistait^ et qui nous en a laissé la description la plus lamentable. Cependant^ fidèle à sa politique^ le général français les laissa partir sans les inquiéter, pensant avec raison qu'il valait mieux détruire les inimitiés que les ennemis. Le 21 octobre^ les Français s^emparërent de Mayence^ grâce à la complicité d'une partie des habitants gagnés à la Révolution^ et les 5 et 6 novembre tes Autrichiens furent battus à Jemmapes. Ainsi finit Tannée 1792, d'une manière bien peu conforme aux espérances des alliés.

Le 21 janvier 1793, Louis XVI monta sur Péchafaud^ moins pour ses fautes que pour celles de ses prédécesseurs et de son entourage. Il est bien démontré laitiottrd'hui qu'il avait invoqué contre la France le secours de rAutriche et de la Prusse^ et qu'il pouvait être considéré comme coupable de haute trahison envers la nation. Mais si ses juges ont pu croire que cela suffisait à justifier leur sentence, il n'en est pas moins à regretter qu'ils n'aient pas tenu compte de cette éducation fétichiste de nos anciens rois, qui les habituait dès Pen* fance à considérer la royauté comme un dogme, comme une sorte de religion élevée au-dessus des discussions et presque de l'intelligence des hommes, comme un droit supérieur à tous les droits, et que devait défendre avant tout et au mépris de toute autre considération celui qui en était revêtu par délégation spéciale de la Providence, Si la Convention a cru sincèreoient ooo*

CaMPAGNÇ de 179i u

damner un coupable, avec la même sincérité Louis XYI a pu et dû se croire innocent.

Quoi qu'il en soit, les alliés se décidèrent à recommencer la guerre, sinon pour rétablir la royauté en France, au moins pour la venger, et pour refouler Tesprit révolutionnaire qui commençait à déborder sur leurs frontières d'une manière inquiétante. Les Prussiens commencèrent par reprendre Mayence, après un siège de plus de Irois mois (du 14 avril au 15 juillet); de leur côté les Autrichiens avaient battu les Français le 18 mars à Nerwinde, Mais malgré ces premiers succès, la campagne finit d'une manière encore plus désastreuse pour eux que celle de Tannée précétlente. Après une série de défaites, à Hondschoote, à Wattignies, à Wittembourg, les armées coalisées durent repasser le Rhin, et le duc de Brunswick, complètement découragé, demanda son rappel par une lettre au roi de Prusse, du 6 janvier M^lx : « Je n'espère pas, disait-il, qu'une troisième campagne donne des résultats plus avantageux, parce que les causes, qui ont jusqu'ici divisé les puissances, n'ont pas cessé d'exister... Quand une nation comme la France est poussée à de grandes actions par la terreur et l'enthousiasme, il faudrait au moins unité de volontés et de principes dans les dé^ marches des alliés; mais quand, au lieu de cela, chaque armée agit pour soi, sans pian fixe, sans unité, sans système et sans méthode, les résultats seront toujours ce que nous les avons vus à Dunkerque, à Maubeuge, à Lyon, à Toulon et à Landau... n

En 1794, les alliés conçurent un plan de campagne plus hardi. Au lieu de la guerre méthodique et de dé-

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tail qui leur avait si mal réussi^ ils résolurent de marcher directement des Pays-Bas sur Paris, sans s'arrêter aux places intermédiaires. Maïs ce plan^ excellent pour le temps où la France n^était pas encore prête à la guerre^ ne valait plus rien maintenanVque tout le pays était sur pied. La Convention ne pouvait plus être prise au dépourvu, et elle avait partout de formidables moyens de défense. Les coalisés, comme toujours^ étaient en retard d^une idée, d'une année et d'une armée, ainsi que le disait Rivarol. Les défaites de Mœscroen, de Gourtrai, de Turcoing, de Hooglède, de Fleurus, de Boxtel^ leur firent comprendre que, malgré Tadjonction des Anglais et des Hollandais, la campagne de \l%h se terminerait encore plus mal que les autres. £n conséquence, le roi de Prusse déclara que son trésor était à sec. Il fit proposera TEmpire de payer les dépenses des troupes prussiennes. Celui-ci était déjà bien assez embarrassé de Tentretien des siennes et il rejeta ces ouvertures. Frédéric-Guillaume fit alors savoir à tous ses confédérés qu'il allait rappeler son armée et qu'il ne laisserait en campagne que son contingent d'Empire, c'est-à-dire 20000 hommes^ sans rien de plus. «La France^ faisait-il dire à Pitt, est une nation indomptable; ses ressources sont infinies et l'esprit qui l'anime est absolument irrésistible. » Ce n'était pas le compte du ministre anglais, qui, dès lors, devint l'âme de la coalition, moins par haine patriotique contre la France que par suite d'un calcul qui se retrouve trop souvent dans rhistoire de la politique anglaise, celui de s'emparer de toutes les colonies de la France, pendant qu'elle serait engagée dans une lutte gigantesque contre tous

INACTION DES PRCJSSIËNS. 61

les souverains de l'Europe. Il négocia donc avec la Prusse^ et signa^ le 28 avril 179&^ un traité par lequel l'Angleterre et la Hollande s'engageaient à fournir à l'armée prussienne un subside mensuel de 50 000 livres sterling (1 250 000 francs) sans compter 300 OOO livres (7 500 000 francs) qui devaient être versées immédiatement, plus 100 000 livres (2 500 000 francs) à fournir aa moment où, après la campagne, les troupes rentreraient sur leur territoire, et enfin 1 livre 12 shellings par mois, pour ^entretien de chaque homme. Â ces conditions^ le roi de Prusse promettait de faire marcher 62 &00 hommes, qui devaient agir au compte et dans nntérét des puissances maritimes ; les conquêtes que pourrait faire cette armée devaient appartenir à l'Angleterre et à la Hollande^ et des députés anglais et hollandais devaient rester dans le camp prussien, pour toutes les négociations et correspondances.

Cette armée ne servit pas à grand'chose. En réalité^ le roi de Prusse ne songeait plus qu'à se retirer de la coalition, et s'il ne le fit pas dès le mois de septembre^ cela tint uniquement à ce qu'il ne voulait pas laisser échapper le dernier subside mensuel qui restait à toucher. Mais il ne fit rien pour la cause commune, et il laissa toujours les Autrichiens agir seuls ; aussi furentils toujours battus, ce qui causait une joie sensible aux Prussiens. En réalité, les deux armées alliées étaient animées réciproquement des sentiments les plus hostiles^ et les duels entre les officiers prussiens et autrichiens étaient très-fréquents, tandis que, dans l'intervalle des combats^ les relations entre les armées prussienne et française étaient des plus amicales. Cette

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