‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 25 sur 178 · TRAITÉ DE BALE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE BALE

Prusse avait toujours eu des sentiments favorables à la France^ ce dont Sa Majesté avait donné des preuveê dans le cours de la guerre d. Cet aveu^ dépouillé d 'artifices , faisait assez peu d'honneur à la loyauté de Sa Majesté prussienne, mais ne pouvait déplaire au gouvernement français. •

Celui-ci aurait voulu que la négociation eût lieu à Paris. Mais le roi de Prusse s'y opposa en alléguant : « qu'il y avait à Paris une queue du comité autrichien qai, bien que repliée sur elle-même^ s'agiterait dans tous les senspour entraver la négociation et la faire échouer» i, D'ailleurs, il craignait de paraître montrer trop de déférence à une assemblée de régicides^ sans compter qu'il redoutait les entraînements d'un milieu agité et révolutionnaire, qui pourrait agir sur ses ministres, et dont ^influence se faisait sentir jusqu'à Bâle. En effet, le général autrichien Hotze écrivait des environs de cette ville, d'où il épiait les événements : « II y a souvent des dîners entre les Prussiens et les Français, où les premiers portent des toats à la prospérité et à la gloire de la République française et vice versa. Au milieu de tout cela, on oublie le bon roi Guillaume. » Or, il ne plaisait pas au bon roi Guillaume d'être oublié, et il craignait de l'être encore bien plus à Paris qu'à Bàle.

On commença par s'entendre sur le règlement des articles préliminaires. Il s'agissait de décider : l"" un armistice préliminaire ; 2"" l'évacuation de Mayence par les Prussiens; 3"^ la question de l'occupation de la rive gauche du Rhin par les Français ; U^ la neutralité de la Prusse comme État d'Empire ; 5"* l'établissement d'une

M FRÉDÉaiC-GUILLAUME II.

iigheide démarcation et de neutralité pour le nord de i-FAllemagne.

. Ces questions étaient des plus graves et pouvaient donner lieu à de grandes difficultés. Mais au milieu des -négociations, on apprit ({ue le « noyau de la coalition » était brisé par l'invasion de la Hollande^ qui avait accueilli avec joie ses conquérants ou plutôt ses libéi*ateurs. C'était une nouvelle preuve de Tattraction qu'exerçait sur le peuple laRévolution^ etdu danger qu'il pouvait y avoir à continuer la lutte avec elle. La Belgique demandait également son adjonction à la France. La Toscane venait de signer avec elle un traité de paix, le 9 février 1795. Tout cela agit puissamment sur Tesprit du roi de Prusse, qui d'ailleurs était irrité de n'avoir eu pour son lot dans le partage de la Pologne qu*un territoire de 932 297 habitants^ tandis que PAutriche en avait eu 1 037 1U2 et la Russie 1 176 590. • L'Angleterre essaya d'abord d'entraver les négociations en faisant intervenir l'influence delà comtesse de Liditenau. Celle-ci raconte elle-même qu'un agent anglais lui demanda audience pour la prier de dissuader le roi de-Prusse de cette paix, en promettant pour lui plusieurs millions de piastres et pour .elle-même iOO^OOO guinéeSi Elle ajoute qu'elle repoussa avec indignation celte proposition et cette offre , mais que cepehdànt elle en parla au roi^ qui se contenta de sourire, sans rien changer à ses projets.

-■■ En effet, la paix fut conclue le 5 avril 1795.

Frédéric-Guillaume s'engageait à vivre en bonne éèrâlié avec'la Bépublique^ tant comme roi de Prusse qùê "«èmme membre dé l'Empire germanique ; à ne

TRAITÉ DE BALE. . dt

•fournir. aux ennemis delà France ni conlingent> ni secours d'aucune sorte; enfin à laisser les provinces rhénanes à titre provisoire entre les mains des Français jusqu'à la conclusion de la paix générale.

La République promettait de son côté de retirer ses troupes de la rive droite du llhin; d'accueillir les bons offices du roi de Prusse en faveur des princes et des États de TËmpire germanique, qui voudraient avant trois mois entrer directement en négociations.avec elle, et qui, pour cet effets auraient réclamé ou réclameraient rintercession du roi.

A ce traité furent joints^ six semaines plus tard, des articles additionnels, dont quelques-uns étaient secrets.

1"^ Le roi de Prusse renonçait à rien entreprendre contre la Hollande, ni contre aucun des pays occupés par les troupes françaises.

2*" Une indemnité devait être donnée à la Prusse en échange des provinces rhénanes.

S"" Les cercles de Westphalie^ la basse et la haute Saxe, la Franconie et la partie des deux cercles du Rhin située sur la rive droite du Mein, devaient être considérés comme formant une ligne de démarcation, dont la Prusse s'engageait è respecter la neutralité; on voulait par là donner à la Prusse le protectorat de l'Allemagne du . Nord , tout en mettant à l'abri la frontière septentrionale de la France.

4"" Dans le cas où la France irait jusqu'au Rhin, elle garantissait 5 250 000 fr. prêtés au duc des Deux-Ponts par le roi de Prusse.

Ce traité, qui consacrait le triomphe de la Révolution,

en donnant le signal du sauve qui peut aux princes allemands^ était également avantageux à la Prusse, qu'il constituait comme arbitre de rAUeroagne. Mais il souleva contre elle des colères violentes. En faisant sa paix séparément^ celle-ci portait une rude atteinte à la constitution et à TEmpire, et par là, méritait le reproche de trahison qui lui était adressé^ et par le cabinet de Vienne^ et par tous les partisans de la constitution germanique. Il fallut que le ministre prussien remît à la diète^ au commencement de mai^ une note par laquelle le roi de Prusse alléguait Turgence et la nécessité. Mais il était trop évident que la véritable raison n'était pas là» et qu'il fallait la chercher dans Tégoïsme de la Prusse et dans sa rivalité et sa haine croissantes contre rAutricbe. Un des articles du traité donne la mesure de ces inimitiés. Si la cession des provinces rhénanes n'y était faite qu'à titre provisoire^ c'était dans la crainte qu'un hasard de guerre ne les mit au pouvoir des Autrichiens, et que ceux-ci ne prétendissent les garder^ comme territoire français. Frédéric-Guillaume aimait mieux les voir entre les mains de son ennemi qu'entre celles de son allié.

J'ai dit précédemment que la préoccupation des affaires de la Pologne avait été pour beaucoup dans les indécisions de la Prusse. En effets le roi était partagé entre la crainte d'être accusé de trahison s'il quittait ses alliés^ et celle de perdre une bonne occasion d'agrandissement, s'il laissait les Russes agir seuls

Page 1