‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 26 sur 178 · AFFAIRES DE POLOGNE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE POLOGNE

en Pologae. Nous avons vu qu'il s'était d'abord allié aux Polonais» dans Tespoir de contrecarrer les projets de TAutriche et de la Russie sur la Turquie, et qu'il avait chaudement et personnellement appuyé la transformation en Pologne de la royauté élective en une mo-* narchie héréditaire. C'était de la bonne politique^ car il ne pouvait être de Tintérét réel de la Prusse de supprimer une nation qui lui servait de rempart contre les inimitiés ou les ambitions possibles de la Russie. Frédéric II avait commis la faute de contribuer à raffaiblissement de la Pologne; mais si, au point de vue moral^ il n'y a pas d'excuse pour cet assassinat d'une nationalité, on peut dire^ au point de vue politique^ que la Russie à cette époque ne paraissait pas encore trés-menaçante pour l'Europe, et que Frédéric pouvait se croire en état de lui tenir tête. Après la conquête de la Crimée et la guerre de Turquie^ la situation était changée. La puissance de la Russie devenait formidable, et elle laissait voir clairement ses projets d'envahissement. Il était donc élémentaire pour l'Autriche et la Prusse de maintenir de toutes leurs forces ce qui restait de la Pologne et de s'opposer aux agrandissements de la Russie. Le roi de Prusse sembla d'abord l'avoir compris ; mais on vit bientôt qu'il n'en était rien. Il n'avait caressé l'alliance polonaise que pour être désagréable à l'Autriche^ et aussi, comme nous l'avons déjà dit, dans l'espoir d'arracher à ses alliés Thorn et Dantzig.

Lorsque^ le 3 mai 1791, les Polonais changèrent leur constitution, Catherine II se montra fort mécontente, et quand le traité de Jassy, conclu avec la Porte le 9 janvier 1792, lui eût rendu la libre disposition de

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taates ses forces^ elle s*einpressa de témoigner combien lui déplaisait un changement qui pouvait contribuer à relever la puissance polonaise. Mais on comprend que ce ne fut pas la raison qu'elle fit valoir. Elle qui^ lors du premier partage, s'était qualifiée dans un manifeste de. « tendre mère des Polonais, uniquement occupée du bonheur de ses enfants »^ elle ne devait pas manquer de prétextes et de mensonges pour colorer son ambition. Au fond^ elle était enchantée que la Pologne lui fournît une nouvelle occasion d'achever la spoliation commencée. Elle prétendit que la constitulion, garantie par elle^ n'avait pas dû être changée sans son consentement. En conséquence^ le 19 mai 1792^ elle fit passer le Dniester à ses troupes^ comptant avec raison sur le parti des seigneurs polonais, dont la nouvelle constitution contrariait la turbulence, et qui, après avoir formé une confédération à Targowitz^ avait appelé l'intervention russe. Ce malheureux pays, dont la nationalité s'est depuis affirmée avec tant d'éclat dans le -malheur, n'avait pas alors de nationalité réelle. Tant qu'il a été libre, il a été divisé contre lui-même, et le sentiment national ne s'y est formé que sous l'oppression commune de l'étranger. On peut dire que la nation •polonaise n'a vraiment formé un peuple que du jour où a cessé son existence politique. Les patriotes^ trop peu nombreux, pour luttera la fois contre les Russes et contre la ligue de Targowitz, prirent cependant les armes^ comptant encore sur l'appui de Frédéric-Guillaume, «qui avait conclu avec la Pologne une alliance défensive le 29 mars 1790. Les envoyés prussiens le leur avaient i'ait espérer^ et les Polonais eurent la naïveté de croire

SECOND PARTAGE DE LA POLOGNE. Yi

que le roi de Prusse serait fidèle à sa parole. Mais celui-ci renia bravement sa signature^ entrevoyant quelque territoire à gagner, et il répondit que, ayant été étranger à la modification introduite dans la constitution polonaise^ il n'avait pas à en supporter les conséquences; que les patriotes pouvaient se défendre^ 8% voulaient, les armes à la main; que^ quant à lui, il ne ferait rien pour lés en empêcher, mais que rien non plus ne Tobligeait à les y aider. Malgré le courage des patriote, que pouvait leur petit nombre contre leis multitudes armées qui couvraient leur pays ? Le roi fut forcé d'accéder à la confédération de Targowitz le 23 juillet 1792. Alors fut rétablie la vieille constitution, ce que les seigneurs appelaient a la liberté polonaise n. Hais cette liberté ne dura pas longtemps. Dès le commencement de Tannée suivante parut une déclaration de la Prusse et de la Russie qui reprochait aux Polonais leur résistance opiniâtre aux conseils de leur allié Frédéric-Guillaume et aux intentions bienveillantes de leur « tendre mère x> Catherine 11^ qui accusait les patriotes de vertige libéral et de jacobinisme^ et qui finissait en annonçant l'intention de resserrer la Pologne dans des limites plus étroites. Pour comble d'outrages, on voulut légaliser la spoliation en forçant la diète de Grodno à délibérer sous les baïonnettes et sous lès canons de 20 000 Russes, et à voter le démembrement de son propre pays. Ainsi s'accomplit le second partage de la Polbgne. La Prusse y gagna 1061 milles carrés. C'est à cela qu'aboutissait l'alliance de la Prusse avec la Pologne; ainsi se manifestait aux yeux du monde cette loyauté, cette générosité chevâjeresques , ce

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désintéressement orgueilleux dont le roi Frédéric- Guillaume II aimait à faire parade , et dont il comptait léguer l'exemple immortel à la postérité !

La Russie^ non contente de dépouiller la Pologne^ lui imposa un traité humiliant par lequel elle se réservait la haute main dans toutes les affaires de ce malheu> reux pays et la libre disposition de tout le territoire qu'elle feignait de lui laisser (16 octobre 1793). Aussi une immense conspiration ne tarda-t-elle pas à se former sous la direction de Kosciuszko. Le 24 mars 1794^ Madalinski donna le signal du soulèvement. A Raslavice^ le U avrils Kosciuszko battit les Russes, mais il fut battu à son tour par les. Prussiens à Szczekozijn le 6 juin 1794, et le 10 octobre par les Russes à Macejovice. U tomba gravement blessé^ et c est alors que, dit-on , il poussa ce cri qu'il a démenti à plusieurs reprises : Finis Poloniœl

Souvarow, maître de Praga après une lutte acharnée, y renouvela les horreurs de la prise d'Ismaïl. Le faible Poniatowski, obéissant à Tordre de Catherine, abdiqua et s'en alla vivre en Lithuanie avec une pension payée par les trois puissances qui avaient dévoré sa patrie. Repnin, le Mourawief du temps, fut chargé de gouverner le pays conquis; ceux des Polonais qui survécurent aux massacres reçurent l'ordre d'aller dans les églises rendre grâce à Dieu, et de baiser le crucifix en confirmation du sennent de fidélité qu'on leur imposa.

Alors commença un nouveau partage le 3 janvier 1795. L'opération fut longue et difficile. Aucun des spoliateurs ne pouvait se résigner à n'avoir pas plus que ses complices. La Prusse et l'Autriche faillirent en venir

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