ADMINISTRATION DE LA POLOGNE
aux mains. La Prusse ne gagna à cette affaire que 827 milles carrés^ mais en revanche elle eut double part de honte^ car si les Russes et les Autrichiens s'étaient conduits en véritables sauvages à l'égard de la Pologne^ au moins ne lui étaient-ils pas liés par un traité récent d'alliance, et n'aftichaient-ils pas la prétention de la protéger par pure magnanimité.
Mais ce n'est pas tout que de voler des territoires ; il faut les gouverner, les administrer. L'assimilation de la Pologne à la Prusse présentait des difficultés de toutes sortes. Les usages^ la langue, la religion^ la législation^ les rapports des classes, les droits et les coutumes de chacune d'elles, tout était différent dans les deux pays^ et Ton pouvait prévoir dès le commencement que la fusion des deux races serait à peu près impossible. Le ministère prussien n'en tint presque aucun compte et s'entêta à administrer les Polonais comme s'ils devaient se transformer du jour au lendemain. On établit en Pologne les mêmes chambres de justice et les mêmes gouvernements que dans les autres provinces. Les gouverneurs eurent la haute main sur la juridiction civile, pénale et pupillaire ; les questions môme de droit religieux leur furent soumises ; on n'en excepta que les affaires purement spirituelles des sujets catholiques. Les tribunaux locaux ne purent continuer à rendre la justice que moyennant autorisation spéciale et à la condition que leurs membres seraient agréés par l'administration prussienne. On établit des tribunaux de département et des tribunaux d'enquêtes, qui durent rendre la justice d'après la collection des Coutumes, compilée par le jurisconsulte
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polonais Trebicki ; mais là où il n'existait pas de loi spéciale et reconnue, on dut s'en référer au droit commun prussien. On promit même de faire faire une traduction latine du code de Prusse , mais cette promesse fut bientôt oubliée. Les débats juridiques durent avoir lieu en allemand, et pour atténuer ce qu'il y avait de tyrannique dans cette mesure, le gouvernement s'engagea à composer les tribunaux de jurisconsultes instruits et également versés dans la connaissance du droit prussien ,et des coutumes polonaises. Ce ne pouvait être qu'un leurre. Les hommes vraiment instruits aimèrent mieux rester sur le territoire allemand, et, comme il n'y en avait guère qui eussent le goût ou la patience de se charger la mémoire des coutumes discordantes qui avaient jusque-là régi les diverses provinces de la Pologne, ce peuple se trouva complètement livré à des juges et à des avocats ignorants et sans conscience, qui émigraient en Pologne faute d'avoir pu se créer une position en Prusse. Presque tous ignoraient même la langue du pays où ils allaient rendre la justice. Il fallut donc créer une légion d'interprètes et de traducteurs jurés, qui devinrent les intermédiaires nécessaires de la justice. On conçoit combien de diflTicultés et de malentendus durent résulter d'un pareil régime, sans compter que ces juges, ignorant le droit polonais, ramenaient nécessairement toutes les questions au droit prussien et jugeaient toutes choses d'après les prescriptions du seul code qu'ils connussent, quand toutefois ils ne les tranchaient pas au gré de leurs haines ou de leur cupidité. Les villes qui souffrirent le plus de cette admi-