‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 29 sur 178 · RIGUEURS CONTRE LA PRESSE · texte numérisé non relu

RIGUEURS CONTRE LA PRESSE

aller faire une enquête sur les doctrines des théologiens de Tuniversité de Halle, ne doutant pas que la seule nouvelle de leur prochaine arrivée suffirait pour les frapper de terreur. Mais la réception que leur firent les étudiants leur fit si grande peur qu'ils n'osèrent pas procéder à leur enquête, et qu'ils s'en revinrent tout d'une haleine jusqu'à Berlin. Ce fut là le seul résultat de cette grande croisade. Le roi^ tout entiché qu'il était lui-même des billevesées de ces ridicules réformateurs, ne voulut pas cependant se faire l'instrument de leurs vengeances, et son intolérance refusa d'aller jusqu'à la persécution ouverte. C'est une justice qu'il faut lui rendre, car sans cette modération, qui, du reste était dans son tempérament plus que dans son intelligence, la lutte contre la liberté de la pensée eût pu devenir sanglante.

Cela ne l'empêcha pas de sévir avec une extrême rigueur contre la propagation des doctrines de la Révolution. Une ordonnance du 5 mars 1792 vint compléter l'édit du 19 décembre 1788, en apportant de nouvelles entraves à Texpression de la pensée et à l'introduction des écrits étrangers. Des peines très-sévères furent édictées contre quiconque se permettrait de critiquer irrespectueusement la loi. On n'allait pas cependant jusqu'à interdire toute discussion; ce progrès était réservé à d'autres temps.

Ces rigueurs et ces défiances d'un gouvernement, qui se croyait fort parce qu'il était oppressif, produisirent leur effet ordinaire. En irritant les esprits, elles les portèrent au delà du but qu'ils s'étaient proposé. On commença à songer au renversement de ces lois qu'il

était défendu de critiquer, et le gouvernement, par l'excès de son zèle pour la paix publique et pour Tordre, suscita partout autour de lui des idées de désordre et de révolte. Il fallut faire des descentes de police chez des particuliers pour chercher et saisir des armes cachées et réprimer des commencements d'émeutes à Berlin et à Breslau.

Les finances n'étaient pas dans un état plus satisfaisant que les esprits. Malgré les subsides payés par TAngleterre, malgré les exactions de toutes sortes exercées en Pologne, le trésor était à sec. En 1794, le gouvernement fut obligé d'exploiter lui-même, dans l'espoir d'en tirer un plus grand profit, la loterie qui avait été jusqu'alors affermée ; ce qui ne l'empêcha pas d'être obligé de contracter un emprunt.

Il y eut cependant deux réformes utiles accomplies sous ce règne ; ce fut, avec la réorganisation de l'enseignement opérée par Zedlitz, la réforme judiciaire, accomplie le l*"" juillet 1792. Il s'agissait de mettre le code plus en rapport avec la conscience progressive des peuples, et avec ce sentiment de justice qui va se développant à travers les siècles. Ce fut une œuvre longue et difficile et en somme assez bien réussie, malgré les observations et réclamations qu'elle souleva de la part des réactionnaires. Cependant on suspendit l'application du nouveau code, le 5 mars 1792. On le corrigea comme trop libéral, et une ordonnance du 5 février il9U décida qu'à partir de ce moment les prescriptions de ce code auraient seules force de loi. Une autre réforme, déjà tentée en 1781, suivit de près celle de la législation, ce fut celle de la procédure publique.

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