ACCROISSEMENT DE LA PRUSSE
On peut ajouter à cela quelques modifications de dé" tail, comme l'ordonnance du 12 février 1792, relative au service militaire, la simplification de l'administration supérieure de la guerre, par la réduction de huit divisions à cinq, et enfin la création d'un jardin des plantes où quatre-vin^-un étudiants furent entretenus par rÉtat.
Frédéric-Guillaume II avait augmenté retendue du territoire prussien de 3560 milles carrés, et la population de 3 257 000 âmes, ce qui portait le territoire total à 7012 milles carrés, et la population à 8 687 000 hommes. Voilà ce qui expie bien des choses aux yeux du patriotisme tel qu'on Tentend d'ordinaire. Au jugement des hommes qui n'estiment les peuples qu'au point de vue de Tarithmé tique, et qui voient la grandeur dans les gros chiffres, Frédéric-Guillaume II peut presque passer pour un grand homme, car il a plus que doublé rétendue du royaume de Frédéric II, et le total de ses acquisitions est de plus du double de celles qu'avait faites son illustre prédécesseur. Il est vrai qu'elles ont été le fruit, je ne dis pas seulement de la violence, car la violence est le mode ordinaire d'accroissement accepté par la morale particulière des politiques, mais encore du mensonge et de la trahison. Mais qu'importe au patriotisme des foules? Il est à l'abri de ces soucis d'honnêteté rétrospective, et pourvu que la terre soit entre ses mains, il s'inquiète peu de savoir comment elle y est venue. Possession vaut titre ; en politique on peut même dire qu'elle vaut mieux, car les titres ont peu de valeur, quand on n'a pas de bonnes armées pour les faire valoir.
Enfin tout le règne de Frédéric-Guillaume II, Thonnête homme, se résume en cette addition que les Polonais ont ajoutée à la devise qu'il aimait à répéter : Suum cuique,,. rapuit. Aux Polonais, ses alliés, il a volé leur territoire, leur indépendance et leurs biens ; aux Anglais, ses alliés, il a volé leur argent ; à ses sujets, il a volé la liberté de penser et d'écrire. Du reste, bon homme et pas méchant, il ne trouvait aucun plaisir à faire souffrir les autres et il était très-libéral envers ses maîtresses et ses favoris. Comme Titus, il aurait cru avoir perdu sa journée, s'il avait manqué l'occasion de jeter par les fenêtres un peu de l'argent arraché aux sueurs de ses sujets.
Il est assez curieux que ce pauvre homme ait pu être pris au sérieux par ses contemporains et même par des historiens modernes. Un écrivain de son temps a dit de lui : ((La loyauté allemande brillait sur son front. Il était gai et affectueux dans les relations ordinaires de la vie, mais quand il devait se montrer dans la majesté royale, personne n'était plus noble, plus grand et plus fier. Son âme était toujours prête à chercher son bonheur dans la joie des autres. Il ne souhaitait faire de mal à personne, mais il ne permit à personne de lui en fair^^, et les menaces n'avaient aucune influence sur ses déterminations. » Il est vrai que cet éloge est un peu corrigé par les restrictions que fait Probst Teller dans ses mémoires : a On peut dire de lui en toute vérité quil désirait tout ce qui pouvait contribuer au bonheur de ses sujets ; mais il faut également avouer qu'il fut complètement impuissant à cet égard, parce que ses bonnes intentions ont toujours été ou mal comprises ou
mal appliquées, et parce qu'il a été toute sa vie entouré d'esprits chimériques ou d'hypocrites funestes qui ont toujours abusé de sa bonté. »
C'est-à-dire qu'avec les meilleures intentions de faire le bien, il ne fit jamais que du mal, parce qu'il n'était pas assez intelligent pour distinguer ce qui était bon de ce qui était mauvais, et que ses conseillers ont abusé de sa crédulité pour lui faire faire des sottises. Un sot couronné est le pire des fléaux ; mieux vaudrait un sage tyran, si ces deux mots pouvaient être accouplés.
Frédéric H mourut d'une hydropisie de poitrine, le 16 novembre 1797, après deux années de souffrances, à l'âge de cinquante et un ans.