OCCUPATION DU HANOVRE
refusant de se déclarer contre TAngleterre, le roi de Prusse s'exposait à ne recevoir qu'une compensation trop strictement équitable^ tandis que son accession à la ligue ouvrait à son ambition les plus agréables perspectives. Or, on sait que si Frédéric-Guillaume était fort ami de la paix, il ne Tétait moins pas des agrandissements territoriaux, quand ils pouvaient se faire sans danger. Dans le cas présent, le danger ne paraissait pas bien manifeste, puisqu'en se brouillant avec TAngleterre, il s'assurait Tappui de la France, de la Russie et de toute la ligue du Nord. Il se décida donc à agir et à prendre son rôle dans la coalition. Ce rôle consistait à fermer aux Anglais le Weser, comme le Danemark leur avait fermé l'Elbe. Pour cela, il fallait occuper le Hanovre, dont il convoitait depuis longtemps la conquête, mais auquel il n'avait osé toucher par crainte de la guerre. Cette fois même encore il hésita» et il ne se décida que quand il vit que son refus n'aurait d'autre résultat que de faire occuper le Hanovre par les troupes françaises ou par celles du czar, qui l'en menaçait formellement. II fit donc entrer vers la fin de novembre un corps de 1800 hommes dans le bailliage hambourgeois de Ritzebuttel, pour occuper Cuxhaven, où les Anglais avaient amené le Iriton, Le 30 mars 1801, le comte de Schulenbourg déclara aux autorités du Hanovre : « que le roi de Prusse, usant du droit de représailles et voulant prévenir de nouvelles offenses, se voyait forcé de fermer les embouchures de l'Elbe, du Weser et de TEms, et d'occuper en même temps les États héréditaires du roi d'Angleterre, situés en Alleinagne. Il exigeait que la majeure partie de Tarmée
402 FBÉDÉRIG-GUCLLAUME HT.
hanovriennc fût licenciée, que les chefs lui prêtassent serment de fidélité et d^obéissance, et que les troupes qui resteraient sous les drapeaux fussent transférées dans les villes de Hanovre, Giffhorn, Helzen, Lunebourg et dans les contrées environnantes, où elles devaient attendre sa décision ; que les autres places, avec la forteresse de Hameln, fussent occupées par les Prussiens, qui devaient être entretenus aux frais du pays; toute communication était interdite entre le Hanovre et la Grande-Bretagne, et Tadministration prussienne remplaçait ^administration anglaise. j> Puis 2^ 000 Prussiens entrèrent dans le Hanovre. Brème reçut également garnison, ainsi que les principautés d'Oldenbourg et de Delmenhorst. Six mille Danois occupèrent en même temps Hambourg et Lubeck.
Ces mesures énergiques tranchaient si fort avec le caractère du roi, que Topinion publique refusa de voir dans tout cela autre chose qu'un jeu. Dès avant l'occupation du Hanovre, on avait remarqué les ménagements de l'Angleterre pour le pavillon prussien, et la mission du prince anglais Adolphe, arrivé le U mars à Berlin, avait suffisamment manifesté son intention de conserver avec le roi Frédéric-Guillaume des rapports pacifiques. Quand le Hanovre eut été occupé par les troupes prussiennes, l'Angleterre ne témoigna ni colère ni ressentiment. De tout cela, on conclut que le roi de Prusse, tout en feignant de se rendre aux instances de la France et de la Russie, -n'avait fait que servir les intérêts de l'Angleterre en prévenant l'occupation projetée du pays par les troupes françaises et russes, et qu'une conven-