‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 38 sur 178 · AVANTAGES DE L'ALLIANCE RUSSE · texte numérisé non relu

AVANTAGES DE L'ALLIANCE RUSSE

fier le recès du 23 février^ qui, en sécularisant le patrimoine du clergé allemand^ attaquait directement Texistence même de TEmpire.

Le but du gouvernement français était de créer tout autour de la France une ceinture d^États secondaires trop peu puissants pour prétendre à une indépendance absolue, mais assez forts pour lui servir de remparts contre ses ennemis. La Hollande^ la Suisse^ Tltalie, étaient déjà soumises à ce système, mais la France restait encore découverte du côté de TAlIemagne. Les procédés de Bonaparte dans Taffaire des sécularisations contenaient en germe et annonçaient déjà la future confédération du Rhin. Cependant il n^y songeait pas encore bien sérieusement^ parce qu'il n'avait pas renoncé à Tespoir d'engager définitivement la Prusse dans son système politique.

Si Tempereur Paul n'eût pas été assassiné, il est probable que les événements eussent suivi une autre direction. Bonaparte, assuré de l'alliance et de l'amitié du czar, aurait attaché moins de prix à la coopération de Frédéric-Guillaume. L'alliance russe présentait en effet pour un souverain du caractère du premier consul des avantages qu'il ne pouvait trouver ailleurs. L'éloignement même de la Russie servait à souhait Tambition du gouvernement français. S'allier avec une puissance voisine, c'était nécessairement s'imposer une limite et des ménagements qui s'accordaient mal avec ses desseins. Avec la Russie^ il eût été facile de s'entendre. En lui laissant ses coudées franches dans rOrient, Bonaparte pouvait espérer que le czar consentirait à ne pas faire obstacle à l'extension de l'in-

fluence et même des conquêtes de la France dans TOccident. Si les alliances entre voisins sont les plus naturelles et les plus avantageuses au point de vue d'une politique de paix, ce sont par la même raison les plus gênantes et les plus difficiles à conserver dans un système reposant, comme celui de la France à cette époque, sur la guerre et la force.

A la mort de son père, Alexandre sembla un moment vouloir conserver avec la France les relations établies. Personnellement il s'était d'abord senti attiré vers une alliance intime avec le gouvernement français, mais son entourage était animé de sentiments bien différents. Ses conseillers ne pouvaient pardonner à la France la prépondérance qu'elle avait acquise dans les affaires de l'Europe. Alexandre lui-même n'avait pas tardé à être blessé du rôle secondaire que son allié lui avait fait jouer dans le partage des indemnités aile* mandes.

Cependant il eût encore été facile de le ramener ; mais le général Bonaparte, qui comprenait quel intérêt il avait à ménager le czar et qui le prouvait par quelques-unes de ses démarches, ne savait pas résister aux suggestions de son orgueil. La passion de dominer et d'imposer sa volonté lui faisait souvent oublier les plus sages résolutions, et il lui arriva, dans cette occasion comme dans bien d'autres, de sacrifier au succès d'une combinaison secondaire le succès des démarches les plus importantes et les plus habilement combinées. Son mauvais génie, c'était le mépris qu'il avait pour les hommes. La croyance qu'il suffisait de leur faire peur ou d'exciter leur convoitise pour tout obtenir.

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