‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 39 sur 178 · ASSASSINAT DU DUC D'ENGHIEN · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU DUC D'ENGHIEN

jointe à la persuasion où il était que rien ne pouvait lui résister, explique toutes les fautes de son règne. Ce soldat, fier de sa force, s^en remettait de tout à son épée^ et il croyait volontiers que le dernier mot en toutes choses appartient à Taudace et à la violence.

Lorsqu'en 1803 TAngleterre rompit le traité d*Amiens^le premier acte de Bonaparte fut de faire occuper le Hanovre par une armée française^ sous les ordres du général Mortier, et de s'emparer du royaume de Napies, où dominait Tinfluence anglaise. L'empereur de Russie^ qui avait pris Naples et le Hanovre sous sa protection, s'offensa de ce manque d'égard et avec raison, puisque l'occupation du Hanovre changeait^ sans même qu'on Teût consulté^ Tordre établi en Allemagne^ dont il était garant et auquel il avait coopéré si peu de temps auparavant, sur Tinvitation expresse du gouvernement français. A la demande qu'il fit qu'on rouvrît la navigation de l'Elbe et du Weser, le premier consul ne répondit que d'une manière évasive; de plus, le roi de Sardaigne n'était point encore indemnisé, malgré les conventions qui, depuis des années, lui assuraient des dédommagements. Ces griefs réels, envenimés par l'influence de l'Angleterre, et surtout les craintes qu'inspirait l'ambition démesurée du premier consul, avaient déjà produit, dès la fin de 1803, un refroidissement sensible dans les relations de la France et de la Russie. Mais lorsque le 15 mars 1804 un corps de 1200 Français eut passé le Rhin en pleine paix et enlevé à Etlenheim, sur le territoire badois, plusieurs émigrés au nombre desquels se trouvait le duc d'Enghien, petit-fils du prince de Condé, lorsqu'on sut que

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ce jeune prince, conduit à Paris, contrairement au droit des gens et aux notions les plus élémentaires de justice, y avait été livré au jugement d'un tribunal militaire, qui Tavait condamné à être fusillé; lorsque enfin, deux mois après, on apprit que le premier consul venait de se faire proclamer empereur des Français et que cette dignité était déclarée héréditaire dans sa famille^ alors tout espoir d'une entente durable entre la France et la Russie fut perdu, et le système des alliances de la France fut complètement bouleversé.

La rupture imminente avec la Russie ne faisait que manifester plus clairement l'impérieuse nécessité de chercher un appui dans une des grandes puissances européennes. Il ne fallait pas songer à TAngleterre tant que la France occuperait Anvers, ni à TAutriche qui ne pouvait nous pardonner ses défaites, ses humiliations et son expulsion de Tltalie. Il ne restait donc que la Prusse, que Napoléon avait déjà plus d'une fois tenté d'attacher à sa politique, et quil pouvait y croire sufiîsamment préparée par les avantages qu'il lui avait faits dans le partage des indemnités.

L'alliance prussienne eût été en effet des plus précieuses pour la France. La Prusse pouvait mettre sur pied 200 000 hommes, et les souvenirs des grandes guerres de Frédéric II assurait à ses armes un prestige que n'avait pas réussi à détruire le triste succès des guerres de 1792 à 1795. Avec son appui. Napoléon pouvait se croire sûr que la Russie et l'Autriche n'oseraient pas l'attaquer, et dans le cas où ils l'oseraient, il pouvait sans témérité compter sur la victoire. Si au contraire elle s'alliait à ses ennemis, la lutte devenait

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