CONVENTION DE POTSDAM
fut certainement sincère dans le moment^ et si^ en sortant de là, ils avaient brisé la puissance de Napoléon et délivré TEurope de la tyrannie qu'il faisait peser sur elle, ceux-là mômes qui ont ri de cette entrevue nocturne n'auraient pas manqué de la trouver sublime.
Cette convention de Potsdam était encore une faute. Dans rétatoù était T Autriche^ vaincue ou plutôt écrasée par la défaite d'Ulm^ il n'était possible de la soustraire aux conséquences de ce désastre que par une action rapide et concertée. Si les armées prussiennes unies à celles de la Russie et de TAutriche avaient montré l'intention d'attaquer résolument le vainqueur, Napoléon eût peut-être hésité, et en tout cas il est permis de supposer que le résultat de la campagne d'Austerlitz eût été moins brillant. Ce délai du 15 décembre, que le roi de Prusse demandait pour agir, était véritablement insensé, car il n'était pas douteux que les grands coups seraient portés avant cette époque. Faut-il donc supposer que Frédéric-Guillaume ait voulu se ménager une échappatoire, en se réservant de se joindre aux ennemis de Napoléon s'ils étaient vainqueurs, et de considérer la convention de Potsdam comme nulle, s'ils étaient vaincus? A-t-il voulu se donner auprès des puissances alliées les apparences de la décision, tout en se ménageant les bénéfices de ce qu'il considérait comme de la prudence ? Il serait difficile de l'affirmer, mais il faut avouer que la conduite subséquente du gouvernement prussien autorise bien des soupçons, à moins qu'on ne veuille, comme d'habitude, rejeter sur le seul comte de Haugwitz la responsabilité de ce qui suivit.
BUG. ViROX. 8
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Ce qu'il y a de sûr, c'est que celui-ci arriva au camp de Napoléon trois jours avant la bataille d'Austerlitz, et que, sans dire à Tempereur un mot de sa mission, il s'en alla à Vienne attendre le résultat de la bataille. Quand le succès des armes françaises fut connu, il accourut complimenter le vainqueur. « Voilà un compliment dont la fortune a changé l'adresse », lui répondit l'empereur.
Grâce à son indécision et à ses lenteurs, le roi de Prusse n'avait donc gagné au traité de Potsdam que l'avantage de s'être définitivement compromis vis-à-vis de Napoléon, sans avoir rien fait d'utile ni pour luimême ni pour ses alliés. Il avait simplement donné à la fois et une preuve de mauvaise volonté et une preuve d'incapacité. A force d'avoir voulu tout ména^ ger, Frédéric-Guillaume était arrivé à tout compromettre. Méprisé également de ses alliés et de ses ennemis, il n'avait plus à attendre ni secours des uns ni indulgence des autres. Napoléon en était venu à son égard à ce sentiment complexe de mépris et de haine qui ne recule devant aucune vengeance et qui se croit tout permis, parce que l'ennemi ne paraît plus digne d'aucune estime ni d'aucun respect. En effet, si le caractère du roi fut pour beaucoup dans la catastrophe prochaine qui va fondre sur la Prusse, ce fut moins peut-être à cause des lourdes fautes que son indécision lui fit commettre, qu'à cause de ces trésors de mépris que cette longue pusillanimité devait finir par accumuler contre lui dans l'âme d'un homme aussi hardi et résolu que Napoléon*
Aussi, à partir de ce moment, ne cessa-t-il de le traiter comme un laquais. Le 12 décembre, de retour
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à Schœnbrunn, il fit venir le comte de Haugwitz qui tremblait devant le vainqueur, et dont l'attitude craintive et humiliée ne pouvait que confirmer Napoléon dans ses dispositions à l'insolence. Là, il lui reprocha, dans les termes les plus durs et les plus blessants, les procédés équivoques de la cour de Berlin, lui déclara qu'il se résignerait encore à lui pardonner une dernière fois, mais à une condition, c'est qu'elle entrerait pleinement et franchement dans Talliance de la France, et qu'elle le suivrait partout où il lui plairait de la mener. A ce prix, il lui garantissait Tincorporation du Hanovre ; 8i elle refusait, il était décidé à la rayer de la carte des nations.
Haugwitz, sur qui les injures glissaient, n'hésita pas. Il était tout joyeux de voir que la chose s'arrangeât de cette manière, et qu'une aventure qui aurait pu avoir pour conséquence la destruction de la Prusse se terminât parune accession de territoire. Il signa donc l'alliance, le 15 décembre, le jour même où la Prusse avait promis à la Russie et à l'Autriche de se déclarer pour elles.
Par ce traité, la France donnait à la Prusse le Hanovre avec toutes les autres possessions anglaises en Allemagne. La Prusse, de son côté, cédait à la France le margraviat d'Anspach, la principauté de Neufchâtel, Wesel, la principauté de Berg et le duché de Clèves. La Bavière prenait l'engagement de donner à la Prusse un territoire de 20 000 âmes, en compensation du margraviat d'Anspach. En somme, ce traité enlevait à la Prusse kOO 000 sujets, et lui en donnait en échange un million. De plus, le roi de Prusse garantissait à
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l'empereur l'exécution des clauses de la paix de Prèsbourg; et celui-ci garantissait au roi de Prusse la possession de ses anciens et de ses nouveaux États. Tous deux s'engageaient en commun à protéger la Turquie.
On peut croire que la cour de Berlin a ignoré jusqu'au dernier moment ce traité qui faisait partager à la Prusse la dépouille de ses propres alliés^ et qui l'associait honteusement aux profits de la victoire de ses ennemis. En effet, pendant que Haugwitz négociait à Vienne, le gouvernement prussien promettait protection et sûreté aux troupes anglaises. Le colonel Pful, envoyé par le roi pour porter à Haugwitz des ordres dans ce sens, n'avait pas atteint les frontières de la Silésie, quand il rencontra le négociateur prussien qui avai t quitté Vienne après avoir tout terminé. A la suite des explications qu'ils eurent ensemble, ils jugèrent qu'il serait toujours temps de demander à Napoléon l'évacuation du Hanovre, si le roi rejetait la convention conclue, et que s'il l'approuvait, il était prudent de tenir cachées les conditions apportées par Pful. Celui-ci se laissa donc décider à renoncer à une mission qui pouvait tout remettre en question quand tout paraissait arrangé, et il retourna avec Haugwitz à Berlin, où ils arrivèrent le 25 décembre.
Jamais traité ne fut si mal accueilli. A peine .fut-il connu que tout le monde l'attaqua. Personne, en effet, ne s'y trompait, et Ton s'accorda h y voir une honte pour la Prusse. L'armée surtout était mortifiée de voir qu'il lui fallait renoncer à l'espoir d'entrer dans la lutte qu'elle avait cru si près de s'engager. Le patriotisme prussien, ranimé par les violences de Napoléon et par