COLERES CONTRE HAUGWITZ
le peu de soin qu'il avait pris de ménager les susceptibilités de la nation^ se réveillait partout. On se disait que si au lieu d'attendre dans l'inaction la défaite de la Russie et de TAutriche, on avait résolument commencé la guerre avant la bataille d'Austerlitz^ la Prusse aurait pu acquérir la gloire d'être l'arbitre et la libératrice de l'Europe. L'opinion publique se prononçait surtout contre le comte d'Haugwitz avec une vivacité extrême. On accusait la lenteur qu'il avait mise à se rendre au camp de Napoléon, et qui semblait presque calculée pour n'arriver, s'il était possible, qu'après l'événement, ou du moins à un moment où il était si près de se décider, que la Prusse ne pourrait plus rien faire pour le changer. C'est lui, disait-on^ qui a livré à l'ennemi commun l'honneur de la patrie. Pourquoi, puisqu'on l'envoyait au camp français, a-t-il été attendre à Vienne qu'il n'y eut plus rien à faire ? Ne devait-il pas, en tout cas, communiquer à l'empereur les propositions de Frédéric-Guillaume, au lieu de les subordonner à sa propre manière de voir, et de transformer en compliments obséquieux des instructions qui eussent sans doute fait réfléchir l'ennemi et peut-être empêché la bataille d'Austerlitz ? Ce sont tous ces retards et toutes ces lâchetés qui ont fait que l'Autriche, trompée sur les vrais sentiments de la Prusse, s'est hâtée de faire la paix, que la Russie a cessé la guerre, et que l'Allemagne se trouve aux mains du vainqueur.
II faut avouer que toutes ces accusations n'étaient pas sans vraisemblance ; mais le vrai coupable dans tout cela, ce n'était pas le comte d'Haugwitz, c'était le roi lui-même. Rien ne prouve, en effet, que le comte
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d^Haugwitz, dans cette affaire, ait dépassé ses insfructions. Il est bien certain que le roi désirait soustraire la Prusse au vasselage humiliant que prétendait lui imposer Napoléon ; mais on sait en môme temps com bien il était irrésolu, combien ennemi des partis décidés. Il est bien probable que les instructions qu'il avait données au négociateur étaient fort élastiques, à moins qu'on n'aime mieux supposer qu-il n'ait pas prévu qu'une bataille pouvait être livrée et que Napoléon pourrait être vainqueur, supposition peu acceptable avec un général tel que l'empereur, et qui ne justifierait Frédéric-Guillaume du reproche de faiblesse que pour faire peser sur lui celui d'une imprévoyance à peine croyable. D'ailleurs, rien ne le peut disculper d'avoir choisi pour négociateur un homme comme le comte d'Haugwitz, connu par la terreur que lui inspirait Napoléon, incapable par là même d'opposer au vainqueur une résistance sérieuse. Voilà ce que disaient le petit nombre de ceux qui osaient faire remonter jusqu'au roi la responsabilité de ce qui venait de se faire. Quelques-uns mêmes allaient jusqu'à faire entendre que le roi, pour ménager ses scrupules et sa réputation d'honnêteté, n'était pas fâché d'avoir auprès de lui un homme dont la conscience élastique et la morale complaisante pussent se prêter sans résistance aux désirs secrets et non exprimés de son souverain; un homme d'honneur et d'humeur faciles, capable de comprendre à demi-mot, d'interpréter même le silence, en même temps qu'assez dévoué ou du moins assez insensible aux reproches de l'opinion pour consentir à s*exposer pour son roi à la clameur publique et à