HUMILIATION DE LA PRUSSE
gagna pour avoir refusé d'accéder aux conditions du 15 décembre. De plus le ministre français reçut Tordre de déclarer à Berlin que Napoléon ne retirerait ses troupes d'Allemagne que lorsque le nouveau traité aurait été ratifié. Craignant de voir son territoire envahi, Frédéric-Guillaume céda et ratifia le traité le 15 février.
On conçoit sans peine le dédain de Napoléon pour cette cour indécise et flottante, et Ton sait qu'il était dans sa nature d'abuser de ses avantages ; mais n'aurait-il pas dû songer qu'à force d'humilier ce faible roi, il finirait par soulever à la fois dans la population et dans l'armée les sentiments monarchiques et patriotiques plus endormis qu'éteints?
La manière même dont on se mit en possession des territoires cédés était bien propre à irriter le peuple. Afin d'occuper Wesel au jour fixé, les Français pressèrent tellement la garnison prussienne, qu'elle fut obligée de se loger dans les villages environnants et de laisser provisoirement dans la forteresse ses munitions et ses provisions de bouche. On alla môme plus loin. Des détachements français occupèrent les territoires d'EItcn, d'Essen et de Werden, comme s'ils faisaient partie du duché de Glèves. Le gouvernement prussien réclama contre cette occupation, alléguant que ces trois abbayes n'appartenaient pas au duché de Clèves, et qu'elles ne lui avaient été réunies qu'administrativement. L'empereur ne tint aucun compte de ces réclamations et garda les territoires. D'autres humiliations suivirent celles-ci. Le baron de Hardenberg, ministre des affaires étrangères, était devenu depuis la
EUG. VÉROX. ^
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violation du territoire d'Anspach le chef du parti opposé à la France. Napoléon exigea qu'il fût éloigné des affaires. La république batave venait d'être transformée en monarchie, et cette nouvelle couronne avait été donnée à Louis Bonaparte. L'empereur ne daigna pas même en informer Frédéric-Guillaume. Au moment où il n'était bruit que du prochain renversement de Tancienne constitution germanique, le roi de Prusse ne fut pas même consulté, lui, la seconde personne de l'Empire, sur un changement qui le touchait de si près.
La Prusse, tout en se laissant traiter ainsi par la France, se trouvait elle-même forcée de faire éprouver à d'autres des traitements pareils. Engagé par son traité h fermer aux Anglais les ports et les fleuves de la mer du Nord, le roi, dans une proclamation du 28 mars, annonça au monde cette humiliante nécessité, et il fit établir des batteries sur la côte de Guxhaven. Le 1" avril suivant, il fallut encore dévoiler ce qu'on avait craint jusqu'alors d'avouer publiquement. Une déclaration de ce jour annonçait que, en vertu d'une convention avec la France, la Prusse s'appropriait toutes les possessions allemandes de la maison électorale de Brunswick, comme une conquête dont l'empereur des Français lui faisait la cession, et qu'elle les considérait comme légitimement acquises à tous les points de vue. Il fallut même menacer le roi de Suède de lui faire la guerre, pour le décider à évacuer le Lauenbourg, qu'il refusait de quitter tant que son allié, le roi d'Angleterre, n'y aurait pas donné son consentement.