IRRITATION DE L'ANGLETERRE
On devait bien s'attendre que TAngleterre ne se laisserait pas dépouiller impunément. A peine eut-on appris à Londres que les ports de la mer du Nord étaient fermés au pavillon britannique, que le roi George III rappela aussitôt de Berlin son ambassadeur Jacson; le 8 avril, il fit fermer les bouches de TElbe, du Weser, de TEms et de la Trave, et fit mettre l'embargo sur tous les navires prussiens qui se trouvaient dans les ports d'Angleterre. Ces mesures et les lettres de marque délivrées le iU mai aux corsaires anglais coûtèrent à la Prusse, en quelques semaines^ plusieurs centaines de vaisseaux et ruinèrent son commerce. Son honneur ne fut pas moins compromis par les déclarations officielles et par les accusations qui, de Londres, se répandirent sur tout le continent. La conduite de la Rrusse y était représentée sous les plus noires couleurs. Les fautes que lui avaient fait commettre les indécisions et Taveuglement du roi y étaient dénoncées et exagérées comme des menées astucieuses et perfides; son désistement de la guerre contre la France, comme un aveu honteux de sa faiblesse, et son intention d'administrer provisoirement le Hanovre jusqu'à la paix générale, comme une trahison réfléchie. « Jamais, répétaient en chœur les journaux et les pamphlets anglais, jamais puissance n'avait agi avec plus d'hypocrisie et enfreint avec plus d'audace ses devoirs envers ses alliés. C'était d'elle qu'on pouvait apprendre à blesser en flattant. Ne devait-elle paâ rougir d'avancer pour sa justification que, depuis la paix d'Austerlitz, le choix des moyens propres à garantir sa sécurité et à établir le repos du Nord n'avait plus dépendu d'elle ? Un tel langage était indigne d'un peuple
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qui prétendait à la suprématie en Allemagne, indigne de la Prusse dont les armées étaient pleines encore des souvenirs du grand Frédéric, et qui pouvait compter sur un allié tel que la Russie. Que devail-on penser de cette puissance, lorsqu'elle osait se vanter d'avoir, par sa convention avec la France, éloigné les troupes étrangères du Hanovre? N'aurait-on pas dû espérer que les soldats prussiens respecteraient un pays évacué par les Français? Que dire de sa jactance en parlant des sacrifices qu'elle avait faits? La Prusse, il est vrai, a sacrifié à la fois son indépendance, son honneur, ses plus anciennes possessions et ses sujets les plus fidèles; mais ces sacrifices ne sont pas une conséquence de la conduite de l'Angleterre, et ne donnent pas au gouvernement prussien le droit de dépouiller ses alliés. r>
La Prusse, brouillée avec l'Angleterre, déconsidérée dans toute l'Europe, humiliée parla France, allait bientôt recevoir un nouveau coup, non moins sensible. Napoléon, qui avait longtemps compté qu'il entraînerait le roi dans son système politique, avait fini par reconnaître son erreur, et c'était pour se venger du dépit que lui causait la nécessité de renoncer à cet espoir qu'il avait si fort maltraité Frédéric Guillaume. Plus il l'humiliait, plus il comprenait qu'il devenait impossible de compter sur lui. Il résolut donc de se chercher en Allemagne d'autres alliances qui lui permissent de se passer de la Prusse. Il ne fallait pas songer à ramener l'Autriche. Or, en dehors de l'Autriche et dc*la Prusse, il n'y avait en Allemagne que de petits princes que leur faiblesse individuelle enchaînait nécessairement à la politique de l'un ou de l'autre des deu