CONFÉDÉRATION DU RHIN
grands États allemands. Cependant Frédéric II, en fondant V Union des princes, avait donné un exemple qui pouvait être mis à profit. Cette union avait été depuis longtemps dissoute par les événements qui avaient en quelques années si profondément bouleversé l'Allemagne. Naqpoléon résolut de la reconstituer sur d'autres bases et au bénéfice de sa politique. Il forma deux collèges, un de rois et un de princes. Le collège de rois comprenait : 1° le prince primat, ex-électeur de Mayence ; 2° le roi de Bavière auquel étaient données les villes libres de Nuremberg et de Ratisbonne ; 3° le roi de Wurtemberg; U° le grand-duc de Bade; 5<»le grand-duc de Berg ; 6° le grand-duc de Hesse-Darmstadt. Le collège des princes se composait des ducs de Nassau-Usingen-Weilbourg ; des princes de Hohenzollern-Hechingen-Sigmaringen; des princes de Salm-Salm, de Salm-Kirbourg, d'Isambourg, d'Aremberg, de Lichtenstein et de Leyen. La noblesse immédiate, enclavée dans les territoires de ces différents États, était définitivement incorporée ; elle perdait ses droits souverains de législation, de juridiction suprême, de haute police, d'impôt, de recrutement. Les princes, réunis sous le nom de confédération du Rhin, notifièrent, à la diète deRatisbonne,lel" août, leur séparation du corps germanique. L'Empire d'Allemagne disparaissait de fait après mille six ans d'existence. Aussi François II s'empressa-t-il d'en abdiquer le titre, le 6 août 1806. Ainsi finit ce saint Empire romain, qui, selon Texpression de Voltaire, n*était ni saint, ni empire, ni romain, et dont la puissance était plus nominale que réelle. La confédération que Napoléon institua à sa place, création toute française et in-
spirée par un intérêt purement français, fut placée sous la protection de l'empereur, et ne fut en réalité qu'un instrument entre ses mains, et un instrument moins puissant que peut-être Pavait espéré son fondateur. Comme on l'a dit, on ne peut s'appuyer que sur ce qui résiste. Tous ces petits princes, livrés à l'influence ou plutôt à la discrétion du maître, devaient bientôt se lasser d'un patronage onéreux, qui les réduisait au simple rôle de satellites d'une politique étrangère, et qui les dévouait d'avance à sacrifier tous leurs plus chers intérêts aux moindres caprices de leur protecteur. C'est le vice intime et incurable de tout despotime de ne vouloir auprès de lui que des instruments aveugles, de supprimer les volontés individuelles, d'anéantir par là chez ceux dont il exige les services toute énergie virile, toute initiative personnelle ; et ce vice fut surtout celui de la politique napoléonienne. La puissance, ainsi comprise, n'est plus qu'un piège auquel tôt ou tard on finit par se prendre ; on se laisse aveugler par elle, parce qu'elle vous soutient dans le succès avec une force qui paraît invincible; mais au moindre revers, toutes les colères et les rancunes éclatent ; les humiliations, jusque-là dévorées en silence, reviennent en mémoire, aigries par le sentiment longtemps comprimé de l'impuissance, tandis que les dévouements les plus constants restent incapables d'agir, dès qu'il leur manque l'impulsion qu'ils sont trop accoutumés à recevoir du dehors. Ce ne sont plus que des instruments inertes et immobiles, d'autant plus dangereux dans le malheur, que leurs services passés font plus d'illusion sur leur efiicacité réelle et qu'on s'est plus