‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 54 sur 178 · CONFEDERATION DU RHIN · texte numérisé non relu

CONFEDERATION DU RHIN

habitué à compter sur eux. Pour être capable de prendre par soi-même, à un moment donné, une résolution énei^ique, il ne faut pas avoir passé sa vie dans Texer cice automatique de Tobéissance passive. Quelques efforts que fît Napoléon pour s'entourer de fortes alliances, il était condamné à ne trouver d'appui nulle pari, dès qu'il en aurait besoin^ parce que, grâce à sa passion forcenée du commandement, il ne pouvait souffrir aucune volonté à côté de la sienne, et que son premier soin était toujours de transformer ses alliés en valets.

D'ailleurs, une confédération comme celle qu'il însti* tuait ne pouvait avoir une bien grande solidité. C'était, en somme, une création factice, qui n'existait que par la volonté d'un maître, dont les éléments n'étaient reliés par aucun intérêt commun et sérieux, une coalition d'ambitions serviles, qui n'avait d'autre mission ni d'autre raison d'être que de garantir la sécurité d'une ambition plus hautaine et de lui servir de rempart contre les haines et les vengeances de l'Europe.

Aussi Napoléon, qui se trouvait contraint par la logique brutale de son système politique à la nécessité de détruire ou de gagner la Prusse, voulut-il, avant d'en venir aux mesures extrêmes, faire une dernière tentative auprès de Frédéric -Guillaume. Dans un des moments lucides qui devenaient de plus en plus rares au milieu des enivrements de ses victoires, il s'efforça, par des marques expressives de considération et d'amitié, d'atténuer l'impression de ses violences h l'égard de la Prusse. En annonçant au roi, le 22 juillet, la dissolution de l'Empire germanique et l'établissement

(le la confédération du Rhin, il Tinvita à en former une autre dont il serait le chef, et qui réunirait sous le patronage de la Prusse les États du nord de TAllemagne; il alla même jusqu'à lui proposer de faire entrer dans sa maison la couronne impériale. Des négociations très-actives étaient alors ouvertes entre la France et TAngleterre. M. de Laforest, ministre français à Berlin, reçut Tordre de confier au cabinet prussien, que probablement ces négociations n'aboutiraient pas, attendu que TAngleterre posait comme condition première de tout traité la restitution du Hanovre ; que Fempereur était bien résolu à n'y jamais consentir; que ce n'était que par une guerre vigoureuse que l'Angleterre pouvait être amenée à faire des propositions plus raisonnables; que la Prusse devait donc s'y préparer avec activité et énergie, et, dans ce but, concerter ses opérations avec la France.

Ces procédés bienveillants comblèrent Frédéric- Guillaume d'une joie d'autant plus vive qu*il comptait moins sur ce retour de faveur. Il se crut sauvé, et dans Télan de sa reconnaissance, il exprima ses remercîments en des termes dont la vivacité donna à Napoléon la mesure des terreurs qu'il avait éprouvées. La permission de constituer une confédération du Nord ouvrait à son ambition des perspectives inattendues, et il le laissait voir avec une naïveté qui dut faire sourire son puissaal allié. Quelques écrivains prussiens, partageant la*facile confiance de leur roi, eurent la bonhomie de rêver la fondation d'un grand empire du Nord; ils en calculaient déjà avec précision la superficie et la puissance. D'autres déclarèrent étourdiment qu'une confé-

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