CONFEDERATION DU NORD
dération de ce genre pouvait seule assurer le salut de TAIlemagne. Le gouvernement de Berlin, plein de ces illusions, s'adressa à tous les princes du Nord pour avoir leur adhésion. Il semblait donc que la partie fût gagnée pour Napoléon, et que cette alliance tant cherchée de la Prusse lui fût désormais assurée. En effet, si on Teût laissée se faire, il est bien probable que les colères soulevées contre la France par le passé se fussent calmées, et que cet agrandissement, en donnant satisfaction à l'ambition de la Prusse, eût effacé le souvenir des humiliations subies. Le roi, rallié personnellement à Napoléon, eût trouvé du moins dans cette situation un appui pour résister à Topinion contraire, et le patriotisme toujours un peu étroit et grossier des multitudes se fût rangé de son côté. Le danger, en somme, eût été nul pour la France, et en tous cas les avantages eussent été plus considérables que les dangers. A cette époque où le sentiment delà patrie commune, de la grande patrie allemande, était encore à peu près inconnu, la nation aurait nécessairement cessé de voir un ennemi dans rhomme qui aurait donné à la Prusse plus qu'elle n'avait reçu du grand Frédéric lui-même. Les coalitions eussent été désormais impossibles, ou du moins elles eussent été impuissantes, et la paix de l'Europe aurait pu se trouver assurée pour un temps.
Napoléon ne le voulut pas. Après avoir conçu Tidée qui seule peut-être pouvait donner quelque garantie de durée et de solidité au plan gigantesque qu'il avait élaboré, il s'appliqua lui-même à en rendre l'exécution impossible et à détruire les illusions qu'il avait fait naître dans l'esprit du roi,
L'acte constituant de la confédération du Rhin por» tait simplement qu'on se réservait d'admettre dans la ligue d'autres princes et États de TAllemagne, en tant que leurs intérêts individuels ne seraient pas contraires à rintérêt commun. Mais bientôt on ne se contenta plus de cette invitation en termes généraux. Le besoin de s'imposer, l'orgueil despotique, Tignorance des ménagements, firent manquer ce plan comme ils en avaient fait manquer tant d'autres. L'électeur de Cassel appartenait naturellement à la confédération du Nord; Napoléon l'appela expressément à accéder à la confédération du Rhin, et pour l'y déterminer lui offrit Fulde, propriété du prince d'Orange, beau-frère du roi. Frédéric-Guillaume avait compté que les villes anséatiques, Brème, Hambourg et Lubeck, entreraient dans la confédération du Nord. Napoléon leur défendit d'accepter l'invitation de la Prusse, en leur déclarant que' son invitation était de les prendre sous sa protection particulière. Puis il déclara qu'il traiterait en ennemi quiconque ferait passer des troupes armées ou non armées sur le territoire de la confédération du Rhin.
Il devenait évident que la promesse de Napoléon n'avait été qu'un leurre, et Frédéric-Guillaume comprit qu'il avait été joué. Aussitôt tout son enthousiasme tomba, et l'ardeur qu'il avait déployée dans le commencement fit place à ses irrésolutions habituelles. Pressé de s'expliquer sur les mesures qu'il devait prendre à l'égard de l'Angleterre, il eut recours à des expédients dilatoires. Il ne savait plus que faire, craignant à la fois d'irriter Napoléon et de se livrer à un allié qui avait pour lui si peu d'égards, dont il avait