DUPLICITÉ DE NAPOLÉON
déjà reçu tant d'humiliations^ et à la discrétion duquel il sentait qu'il serait complètement abandonné^ une fois qa'il serait en guerre avec TAngleterre et la Russie.
Napoléon, qui ne voulait cependant pas le laisser échapper et qui ne comprenait pas que son propre orgueil était en grande partie cause des irrésolutions du roi, le crut d'accord avec Alexandre. Sous Tinfluence de ce soupçon^ il se mit en mesure d*agir immédiatement et distribua son armée de manière à pouvoir envahir la Prusse à la première occasion. Frédéric- Guillaume vit bien qu'il n'avait plus rien k espérer et qu'il ne pouvait échapper à la guerre, soit qu'il subtt l'alliance de la France, soit qu*il acceptât celle des Russes et des Anglais. Guerre pour guerre^ il aimait mieux la faire en compagnie d'Alexandre^ qui n'avait cessé de lui témoigner des égards et de l'amitié^ que dans celle d'un allié impérieux, qui ne savait pas le ménager, même quand il avait besoin de lui.
Bientôt un nouvel incident vint achever de détruire toute confiance entre les deux cabinets. Le gouvernement français avait entamé deux négociations séparées, Tune avec la Russie, l'autre avec l'Angleterre. La première avait abouti au traité du 20 juillet, signé par M. d'Oubrill et envoyé aussitôt à Alexandre pour être ratifié. La seconde, dont nous avons déjà parlé, avait donné à l'Angleterre l'occasion de poser comme condition préliminaire absolue la restitution du Hanovre. L'empereur devait s'y attendre, et la chose étonnante , c'est qu'il ait jamais pu croire que la paix fût possible avec l'Angleterre sans cette condition. Il aurait dû y songer quand il forçait le roi
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de Prusse à accepter cette province. Mais comme il ne connaissait d'autre loi que son caprice, et que dans ce moment il avait un grand désir de faire la paix avec l'Angleterre, il trouva tout simple de céder sur ce point et de promettre la restitution, au mépris de tous ses engagements avec la Prusse, et bien que dans le même moment il fît dire au roi par M. de Laforest, comme nous Tavons vu, qu'il ne consentirait jamais à subir une pareille condition. Ce sont là jeux de princes. Mais par malheur les négociations n'aboutirent pas , et quand le gouvernement anglais eut perdu tout espoir de faire la paix, voyant que Frédéric-Guillaume avait encore des illusions sur la bienveillance de Napoléon et môme sur la constitution de la confédération du Nord, il fit connaître au monde cette étrange nouvelle, par une communication du roi d'Angleterre à son peuple. Du reste, le fait avait déjà été communiqué à Frédéric- Guillaume dès le commencement d'août par Lucchesini, ambassadeur de Prusse à Paris ; mais il avait refusé d'Y croire, et quand la chose eut été confirmée par des lettres de Londres et rendue publique par la proclamation du roi d'Angleterre, il ne pouvait encore se décider à la tenir pour vraie, tant elle paraissait invraisemblable. Aucune violence ne l'eût étonné de la part de Napoléon, mais il ne croyait pas encore qu'il sût, à l'occasion, employer d'autres moyens ; comme si l'abus de la force excluait la fraude et que la brutalité dût au moins trouver une sorte d'excuse dans la franchise de ses allures. Le roi refusa donc pendant quelque temps de croire à la possibilité de cette trahison et au mépris incroyable qu'elle exprimait pour la Prusse, Mais bien-