IRRITATION DE LA PRUSSE
tût il devint impossible de douter^ et dès lors la guerre fut inévitable.
On comprend sans peine Tefifet que devaient produire de pareilles nouvelles tombant au milieu d'une population agitée^ inquiète^ tourmentée de la pensée que sa gloire est foulée aux pieds, en môme temps pleine d'une folle confiance en elle-même, convaincue qu'elle n'avait qu'à se montrer sur le champ de bataille pour faire disparaître la terreur des nations, et dont Napoléon semblait se plaire à aigrir et à irriter le patriotisme et la fierté par des provocations et des humiliations incessantes. Depuis le traité de Vienne, Hardenberg était devenu l'homme du peuple. La considération et l'estime publique se manifestaient en sa faveur par des sérénades et des acclamations, tandis que Tanimadversion éclatait contre Haugwitz sous les formes les plus injurieuses. Les attaques quotidiennes dirigées contre le premier par la presse docile de Paris ne servaient qu'à rehausser son mérite aux yeux de la nation. Quand pour obéir à Tordre de Napoléon le roi de Prusse fut obligé de l'éloigner des affaires, toute la nation en témoigna ses regrets, en même temps qu'elle prodigua au comte d'Haugwitz, seul chargé dès lors des affaires étrangères, les preuves les plus sensibles de sa défiance et de son mépris. Le peuple brisait à coup de pierres les vitres de son hôtel, pendant que les acteurs se permettaient sur le théâtre des allusions saisies et applaudies avec transport.
Dès le 10 mai 1^06, le baron de Stein, ministre du commerce, avait fait remettre au roi, par l'entremise de la reine, un mémoire plein de violence, où il attaquait
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ses collègues avec une vivacité qui allait jusqu'à Tinvective. « Sire, lui disait-il, votre gouvernement n'est pas celui d'une grande nation. Vous avez des employés^ des agents^ des directeurs, vous n'avez pas de ministres. La plupart des hommes qui ont votre confiance sont des traîtres ou des caractères vils. » Il demandait une réforme administrative et le renvoi des principaux membres du cabinet prussien. Il voulait surtout en finir avec les influences occultes. Son mémoire se terminait par ces paroles :
« Cette nouvelle constitution de l'État ne peut réussir qu'après Téloignement des hommes présentement investis de la confiance royale, car ces hommes sont perdus dans l'opinion publique, et il en est même dont le nom est marqué des stigmates du déshonneur. Si Sa Majesté ne se décidait pas à opérer les réformes ici proposées, si le roi continuait à agir sous les mêmes influences^ il faut s'attendre à deux résultats inévitables : ou bien l'État se dissoudra de lui-même, ou bien il perdra son indépendance. A plus forte raison ne devrait-on plus compter désormais ni sur l'estime ni sur l'affection des sujets. Les causes et les hommes qui nous ont conduits au bord de l'abîme achèveront de nous y précipiter. Ils nous feront une situation telle que le fonctionnaire intègre n'aura plus qu'à choisir entre deux partis : abandonner une place couverte d'une honte qu'il n'a pas méritée et se résigner à ne pouvoir plus rendre aucun service, ou bien prendre part avec désespoir à la confusion générale. Quiconque étudiera d'un regard attentif la dissolution de la republique de Venise, la ruine de la monarchie française et