INFÉRIORITÉ DE LA PRUSSE
cette gloire de sang et de larmes qu'elles nous envient si fort, de constater à leur tour leur puissance par quelques-uns de ces grands massacres réglés, qu'on appelle des batailles. Que TEurope nous haïsse, nous l'avons bien mérité ; mais qu'elle nous admire, qu'elle nous jalouse et croie n'avoir rien de mieux à faire que de nous imiter, voilà ce qui me paraît à peine croyable.
En somme, si pour tout ce qui touche aux grands intérêts de la civilisation il faut une étude qui, en ajoutant à la valeur intime des âmes, crée entre les peuples des différences essentielles, pour la guerre, quand elle est devenue un métier, les hommes et les nations se valent à peu près, précisément parce que là ils sont réduits au rôle d'instruments, qu'ils ne font que suivre une impulsion donnée, marcher ou s'arrêter à l'ordre, au gré d'une pensée secrète qu'ils ignorent, et qui dispose d'eux comme de pions sur un échiquier. Or c'est là précisément l'infériorité de l'art de la guerre au point de vue de la gloire des nations, c'est que tout, à peu près, y est subordonné au hasard du choix d'un général ; c'est que les armées composées des hommes les plus intelligents et les plus courageux peuvent être vaincues et détruites par des armées médiocres, par des rassemblements d'hommes grossiers et incultes, pour peu que leur chef ait le génie de la guerre, ou qu'ils soient favorisés par quelqu'un de ces hasards comme il s'en rencontre tant dans ces luttes.
Dans le cas présent, la Prusse avait contre elle deux hasards, dont l'un ne saurait avoir pour elle rien d'humiliant : le génie militaire de Napoléon, qui a manqué à ses chefs, et dont l'autre, bien que pouvant plus juste-
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queur, tandis qu'on assurait d'un autre côté que Topinion de Napoléon n'était rien moins que favorable à cette princesse, qu'il accusait d'avoir toujours été l'ennemie de la France, depuis que l'entrevue de Memel l'avait gagnée à la cause d'Alexandre. On citait même un mot brutal, comme les aimait ce génie soldatesque, et qui résumait crûment son opinion sur les rapports de la reine avec le czar. On s'attendait généralement à ce que la Prusse dût perdre la Westphalie et le Hanovre. On pensait que la Prusse méridionale, accrue de la Pologne russe, formerait un royaume particulier qui serait donné au grand-duc Constantin. Les opinions étaient partagées sur les autres possessions prussiennes. Les uns annexaient la Silésie à la Saxe, d'autres supposaient que les instances de la Russie la conserveraient à Frédéric-Guillaume. Mais personne n'avait deviné juste.
La vérité était que le roi de Prusse cédait à Napoléon tous les pays compris entre le Rhin et l'Elbe; il reconnaissait Jérôme-Napoléon comme souverain légitime du nouveau royaume de Westphalie, qui devait être formé de ces pays, ajoutés à quelques autres territoires. Il renonçait également à toute la Prusse méridionale, à la nouvelle Prusse orientale et à la partie méridionale de la Prusse occidentale. Tous ces pays, sous le nom de duché de Varsovie, passaient au cidevant électeur de Saxe, à l'exception des districts de Bialystock, de Bielks et de Drokyczin, situés entre le Bug, la Lossasna et la Bobra, lesquels étaient réunis à la Russie. Le roi de Saxe devenait maître du cercle de Cotbus, dans la basse Lasace. La ville de Dantzick recou-