LE TUGENDBUND
qui semblait Tâme même de la Prusse se relevant du fond de la tombe.
« A cette période d'activité enthousiaste appartient une œuvre aussi étrange qu'audacieusement conçue, la création du Tugendbund. Au moment où M. de Stein prenaitla direction des affaires, au mois d'octobre 1807, un jeune magistrat de Braunsberg, M. Henri Bardeleben, lui avait adressé un écrit intitulé : L'avenir de la Prusse, où il engageait tous les citoyens à oublier leurs divisions, à se serrer autour du pouvoir et à ne former qu'un grand parti national. Peu de temps après, Bardeleben avait organisé avec quelques officiers et quelques savants une association singulière. Ils mettaient leurs efforts en commun, disaient-ils, pour combattre chez eux, chez les autres, chez le gouvernement, toute pensée d'égoïsme. Ils se donnaient le titre d'Association scienti figue et morale (Sittlich wissensckaftlicher Verein). Les premiers membres étaient, avec le fondateur, le général Gneisenau, le général Grollmann, le professeur Krug. Peu à peu leur nombre s'éleva jusqu'à vingt. Ils présentèrent au roi les statuts de leur société et la liste des membres ; le roi approuva tout. Bientôt, on ne compta plus les affiliés par vingt, mais par mille et par centaines de mille. L'association était formidable; elle couvrait la Prusse, et de la Prusse étendait ses réseaux sur l'Allemagne entière. Le conseil général siégeait à Kœnigsberg; des conseils provinciaux, des chambres de district, des assemblées locales formaient une vaste machine dont tous les rouages étaient mus par une pensée unique. Le but constant des chefs était de restaurer la force et la moralité allemandes. Malgré