‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 74 sur 178 · LUC. VÉRON. W · texte numérisé non relu

LUC. VÉRON. W

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toutes les précautions possibles^ une telle association ne pouvait échapper longtemps à Tœil vigilant de Tadministration impériale. Gréé en 1808, le Tugendbund fut dissous en 1810 aur Tordre exprès de Fempereur. Qu'importait cependant cette dissolution? Un ordre suffisait-^il pour disperser ces forces populaires? On pou« vaitbien déchirer les statuts» on n'était pas maître d'arrêter le travail des masses. La persécution ne fit que rendre ce travail plus secret, c'est-à-dire plus redoutable. C'est à dater de ce jour que le Tugendhund pénètre dans les profondeurs souterraines^ et que le mouvement à demi national, à demi révolutionnaire de 1813 prépare son explosion. »

Que le baron de Stein ait été ou non le promoteur et le protecteur du Tugendbund, cela importe peu^ car il est certain qu'en tout cas il n'en a pu ignorer Texistence^ et qu'il n'a rien fait pour mettre obstacle à ses progrès. Cette association entrait d'ailleurs trop directement dans ses vues^ pour qu'il ne se soit pas réjoui, au moins dans le commencement, de la voir s'étendre par toute la Prusse« D'ailleurs ses autres réformes indiquaient trop clairement son but, pour ne pas inquiéter le gouvernement impérial. Il est certain que, en le voyant agir avec tant d'énergie et de décision, Napoléon dut regretter souvent d'avoir offert lui-même à Frédéric-Guillaume un pareil ministre. Il manifesta contre lui plus d'une fois sa colère, et dans des circonstances où cette colère était terrible pour la Prusse.

Il avait été convenu que les troupes françaises continueraient à occuper le territoire prussien jusqu'à l'entière liquidation de l'indemnité de guerre que réclamait

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le gouvernement français. Le territoire oompris entre la rivière de Memel et la Vistule avait été seul évacué. 300 000 hommes, répandus dans toutes les autres provinces» y vivaient aux dépens des habitants, sans songer à partir. Le motif de ce retard était le nonpayement dea contributions arriérées, difficulté qu'on avaii cru d'abord résoudre facilement, et qui bientôt se trouva insurmontable. La commission royale établie à Berlin, et en pleine activité depuis le mois d'août, sous la direction deSacfc, pour régler les conditions du traité de paix, avait à lutter contre les prétentions du plénipotentiaire de Napoléon, Daru, dont l'opiniâtreté et la «évérité inexorable ne le cédaient point à celles de son maître. Quand on entama Taifaire de la liquidation, les commissaires du roi avaient cru pouvoir satisfaire aux eiiigences du vainqueur en lui oiTrant 19 millions de francs. Mais Daru fit monter h\5U 500 000 francs la somme demandée, tant pour les contributions militaires que pour les revenus de TËtat échus jusqu'à la conclu* sion de la paix; toutes les instances des commissaires ne réussirent qu'à obtenir une diminution de 35 millions et demi. Une si prodigieuse différence, qui eût sutfi pour rendre impossible tout accord entre des négociateurs disposés à s'entendre, devait à bien plus forte raison produire cet effet sur des hommes irrités. Plusieurs mois se passèrent en débats, soutenus d'un côté avec l'aigreur qu'inspire l'oppression, de l'autre avec toute l'arrogance de la force. Aussi les représentations et les contradictions n'avaient- elles pas de fin. Dans l'espérance d'obtenir des conditions moins dures en s* adressant à l'empereur lui-même, le roi envoya à

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Paris son frère Guillaume; mais plus les sollicitations du prince devenaient pressantes, plus Napoléon lui opposait de froideur. On ne cacha pas au prince que la délivrance de la Prusse dépendait moins de Taccomplissement des obligations contractées que de la direction que prendrait sa politique. On le retint ainsi jusqu'à la fin d'août, et l'on finit par lui faire une ouverture qui réduisait à néant les négociations de Berlin, et qui devait mettre le comble aux souffrances que la Prusse s'était jusqu'alors résignée à endurer, dans l'espoir d'arriver enfin à un arrangement moins rigoureux. Le comte de Ghampagny, ministre des affaires étrangères, déclara que la France exigeait non-seulement les contributions arriérées, mais aussi tous les revenus de l'État, depuis la paix de Tilsitt et aussi longtemps que durerait l'occupation, ce qui constituait un total d'environ 180 millions de francs; que la Prusse ne pouvait accuser qu'elle-même du séjour prolongé des troupes étrangères; qu'elle ne pouvait s'imaginer qu'elle eût mérité qu on lui fit une remise, uniquement parce qu'elle avait tardé jusqu'alors à remplir ses obligations; que cependant Napoléon, par pure générosité, voulait bien se contenter des 154 millions et demi, réclamés dès le principe par Daru. Le prince essaya d'obtenir quelque adoucissement à ces exigences. Ghampagny répondit par un langage de plus en plus menaçant et outrageant pour la Prusse. Le gouvernement français ne semblait pas môme éloigné de se décider à en venir, à l'égard de la Prusse, aux dernières extrémités. L'empereur Alexandre de son côté avait essayé de plaider la cause de la Prusse, n Ces pauvres Prussiens, disait-il à

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