‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 77 sur 178 · RETRAITE DE STEIN · texte numérisé non relu

RETRAITE DE STEIN

Mais ce qui fit encore plus souffrir la population, ce fut la suppression de toutes les relations commerciales avec TAngleterre, imposée à la Prusse par le traité de Tiisitt. Gomme si ce n'était pas assez^ une ordonnance du 11 juin 1808 apporta encore de nouvelles restrictions à l'importation, à Texportation et au transit. Dans les villes maritimes, les consuls français^ complètement maîtres d'agir suivant tous leurs caprices, semblaient n'avoir d'autre mission que de gêner le commerce par des vexations de toutes natures. Leurs prétentions et leurs prohibitions n'avaient ni mesure ni règle. Ils déployaient une rigueur qui était aussi contraire à la justice qu'aux intérêts du pays. Pour comble, on interdit à la Prusse tout commerce avec la Suède, qui s'était déclarée contre la France.

Tous ces actes rigoureux pouvaient encore être considérés comme des interprétations violentes et exagérées du traité de Tiisitt ; on avait pu du moins s'y attendre, et l'on s'y soumettait, sinon sans souffrances, au moins sans étonnement. Mais ce qui excita le plus vivement les colères, parce que cela touchait le plus directement à l'honneur national, ce furent les ingérences de Napoléon dans le gouvernement intérieur du pays, et en particulier l'éloignement qu'il exigea de l'homme qui à ce moment fixait sur lui tous les regards et était le centre de toutes les espérances, le baron de Stein.

Napoléon, qui s'était flatté de soumettre facilement l'Espagne, avait trouvé là une résistance inattendue. Le peuple, soulevé au nom de son indépendance, avait entrepris contre l'envahisseur une guerre de détail» qui, outre les pertes qu'elle faisait éprouver aux ar-

mées françaises, donnait aux autres nations conquises un exemple qui pouvait les tenter. Cette inquiétude préoccupait vivement Napoléon, qui ne pouvait se dissimuler son impuissance en face d'un pareil mou^ vement, s'il venait à se déclarer en Allemagne. La lettre dé gtein, qu*il avait saisie et publiée, lui montrait asseiE ce qu*il pouvait craindre dé ce côté; aussi Atalt-il conçu pour le ministre prussien une haine violenté.

Ses préoccupations éclatèrent d'une manière inàtten* due, le 51 novembre 1808. Le Moniteur de ce jour, contenant lé troisième bulletin de Tarméé d'Espagne, daté de Burgos, racontait la défaite dés troupes espagnoles, puis tout à coup, tournant bride avec cette impétuosité et cette violence de mouvement qui étaient dans les habitudes du style de Napoléon aussi bien que dé sa stratégie, il ajoutait : « Les jeunes étudiants dé âblamanque, qui croyaient faire là conquête dé la France, les paysans fanatiques qui rêvaient déjà le pillage de Bayonné et de Bordeaux et se croyaient conduits par tous les saints apparus à des moines imposteurs, se trouvent déchus de leurs folles chimères. Leur désespoir et leur consternation sont au comble. Ils se lamentent des malheurs auxquels ils sont en proie, des mensonges qu'on leur a fait accroire et de là lutte Sans objet dans laquelle ils sont engagés.

D II faudrait que les hommes comme M. de Stein, qui, àu défaut de troupes de ligne qui n'ont pu résister à nos aigles, méditent lé sublime projet de lever des masses, fussent témoins des malheurs qu'elles en-> traînent et du peu d'obstacles que cette ressource peut oShrirh des troupes réglées i»

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