PREMIÈRES RÉFORMES
temps^ n'en ressentit ensuite que plus vivement le far* deau.
Une autre réforme importante qu'il tenta avec la même maladresse aboutit à un résultat semblable. La discipline de l'armée prussienne avait toujours été d'une brutalité révoltante; les recrutements^ les enrôlementS; les mises aux dépôts et les libérations étaient l'occasion d'abus et d'extorsions d'argent très-préjudiciables aux soldats, mais dont ils ne songeaient guère à se plaindre, tant ils y étaient habitués. Frédéric-Guillaume témoigna hautement son indignation et annonça publiquement son intention de changer tout cela. Puis au moment d'agir^ il s*aperçut que la chose n'était pas aussi facile qu'il se l'était imaginé; les gens intéressés à la perpétuité des abus^ comme il n'en manque jamais autour des rois^ firent jouer toutes les influences dont ils pouvaient disposer, et la réforme projetée se réduisit à quelques modifications insignifiantes, dont le seul résultat fut d'affaiblir la discipline sans supprimer les abus.
Une chose vraiment utile et qui fut poussée jusqu'au bout sous le règne de ce prince, ce fut l'organisation de l'instruction publique. Le ministre Zedlitz, à qui il faut en faire revenir tout l'honneur, reconnut la nécessité de distinguer dans l'enseignement trois degrés, à peu près comme on le fit plus tard en France : l'enseignement supérieur, l'enseignement secondaire, l'enseignement primaire. Malgré des différences trèsconsidérables dans le détail, la pensée générale et les grandes lignes sont les mêmes. Un conseil supérieur d'instruction, soumis immédiatement au ministre, fut
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chargé d'exercer une surveillance active sur toutes les écoles, d'examiner les plans d'études et de pourvoir aux améliorations et réformes reconnues utiles.
Le plan du ministre péchait évidemment par un excès de réglementation et renseignement, qui devrait être entre les mains des familles, se trouva trop complètement livré à l'arbitraire du pouvoir. Mais il n'était pas plus facile alors que maintenant de trouver des ministres qui ne fussent pas disposés à considérer les citoyens comme une vile multitude incapable de se conduire sans lisières, comme un troupeau condamné par son imbécillité naturelle à se précipiter aux abîmes, si Tintelligence administrative ne veillait pour eux. Il avait du moins cela d'heureux, que par le seul fait de cette organisation l'école se trouva séparée de l'Église. Aussi s'empressa-t-on de fonder à Breslau une école normale pour fournir des maîtres à renseignement primaire. Le roi suivit toute cette organisation avec un empressement de bon augure pour l'avenir ; il pourvut largement aux dépenses et sa sollicitude s'étendit à tous les degrés de l'enseignement. L'Académie de Berlin, à laquelle il donna pourcurateur le comte de Herlzberg, dut à l'avenir renoncer à l'imitation des habitudes françaises, introduites par Frédéric II, et s'occuper plus spécialement de la langue et de la littérature allemande. Cette réforme marquait le commencement de cette révolution heureuse qui arracha le génie de l'Allemagne à la domination étrangère, et dont l'indépendance devait si vite se manifester par tant d'œuvres remarquables.
L'ordonnance qui transformait l'instruction en Prusse