‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 81 sur 178 · FAUTES DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

FAUTES DE NAPOLÉON

des traités de 1815. Sur la foi des journaux qui se disent et se croient les représentants de Tesprit démocratique, ils ont cru, peut-être avec raison, que la France n^attendait que l'occasion de reprendre pied en Allemagne et de se saisir des provinces du Rhin, et dans leur effroi les voilà qui se jettent tous, de plus ou moins bonne grâce, dans les bras de la Prusse, sacrifiant leur liberté à leurs haines, à leurs craintes, au point d^honneur allemand. A tort ou à raison, ils ont encore peur de nous, ils se défient de nos ambitions, de notre orgueil militaire; en se rappelant ce que nous leur avons fait souffrir, ils ne veulent plus être exposés à le souffrir encore; peut-être même songent-ils à nous le faire souffrir à leur tour ; à leur tour ils veulent être forts pour nous faire expier Tabus que nous avons fait de notre force, quand la force leur manquait. Nous pouvons le déplorer, mais à qui nous en prendre sinon à nous-mêmes ? Nous pouvons regretter que cette civilisation tant vantée du xix® siècle ne nous offre de toutes parts que des perspectives de guerres prochaines, de tueries épouvantables ; nous pouvons bien proclamer que l'humanité a désormais autre chose à faire que de transformer tous les hommes en soldats, et que les peuples pourraient mieux employer leur temps, leur argent et leur industrie, qu'à construire des engins meurtriers, qu'à équiper des vaisseaux de guerre et à solder des troupes, pour finir par se ruiner et par s'entre-égorger. Mais n'oublions pas que si tel est l'avenir qui semble attendre TEurope, la faute en est pour une bonne part à ce patriotisme brutal dont nous avons donné l'exemple à TAUemagne : en nous menaçant,

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elle ne fait encore que nous imiter. Sans Napoléon, le baron de Stein eût été impuissant en IBlâ^ et en 1866 M. de Bismark eût été impossible, car sans les haines qu'il a soulevées contre la France, la Prusse n'aurait jamais songé à confisquer d'un coup toute TAllemagne; l'histoire de 1866 est la conséquence directe de celle de 1806, en attendant que peut-être celle des années suivantes en devienne la contre-partie.

J*ai longuement insisté sur ces considérations, parce qu'elles dominent tout le reste de cette histoire au moins dans ses parties principales^ et que faute de les avoir présentes à l'esprit, on s'exposerait à la mal comprendre. Maintenant je reviens au récit des événements qui ont suivi le traité de Tilsitt.

La préoccupation principale de la Prusse était de chercher les moyens de payer au gouvernement français les énormes contributions <je guerre qu'il lui avait imposées. Pendant plusieurs années le cabinet prussien ne fut employé qu'à imaginer, à édicter et à faire exécuter des ordonnances concernant cet objets et comme on le pense bien, elles n'étaient pas de nature à ré* jouir le peuple de Prusse et à calmer la haine qu'il avait conçue contre la France. On commença par décréter la vente du domaine de la couronne ; puis on eut recours à l'emprunt» On négocia avec la Hollande un emprunt de 32 millions de florins. Mais on était dans toute l'Europe tellement convaincu des mauvaises dispositions de Napoléon à Tégard de la Prusse^ qu'on s'attendait d'un jour à l'autre à voir supprimer cet État et qu'on n'osait traiter avec lui* Il fallut l'assurance positive de Napoléon qu'il permettrait à la Prusse

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